Liste noire : une Directrice d’agence témoigne

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Voici le premier témoignage complet et détaillé d’une salarié cadre, Directrice d’agence, qui a découvert sa présence sur la fameuse liste noire et dont le licenciement était donc programmé de longue date. Tous les détails de cette sombre affaire se trouvent sur ce blog. Elle a accepté de répondre à notre interview et s’est lancée dans le combat judiciaire pour faire valoir ses droits et, au-delà, contribuer à faire reculer ces méthodes indignes. Afin de ne pas interférer dans la procédure en cours, nous avons bien entendu anonymisé ce témoignage tout en reproduisant intégralement les propos de notre collègue.

Peux-tu faire une rapide synthèse de ton parcours chez Adecco, ton ancienneté ? Depuis quand occupais-tu ton dernier poste ?

 

J’ai étendu mes fonctions managériales il y a un peu plus d’un an. Depuis 20 ans dans l’entreprise, j’ai occupé tous les postes notamment en recrutement, commercial puis j’ai exercé des fonctions managériales depuis presque 10 ans. Mon implication et mes résultats ont fait que j’ai évolué régulièrement.

Comment as-tu appris ta présence sur la fameuse liste noire des permanents à licencier ou à convaincre d’une rupture conventionnelle ?

J’ai appris l’existence de cette liste via mon syndicat CFE-CGC. J’ai également pris connaissance de l’article paru dans la presse et ensuite par plusieurs collègues qui m’ont alerté.

Quelle a été ta réaction ?

J’ai été particulièrement choquée de l’hypocrisie de nos dirigeants dont les discours sont à l’opposé de leurs actions et surtout par rapport à la manière dont j’ai été licenciée… On tente de vous faire croire que vous êtes devenue soudainement incompétente après avoir été valorisée pendant de nombreuses années et promue régulièrement. On ne vous laisse aucune chance, on vous accable et du jour au lendemain on vous enlève tout. J’ai de plus été humiliée par une mise à pied conservatoire totalement disproportionnée. Je trouve cette mesure particulièrement grave et très destructrice. Les impacts sur une personne peuvent être lourds psychologiquement. Nous sommes tous parfaitement conscients que nous ne sommes que des instruments au service du profit pour les actionnaires mais cela ne donne pas le droit à tout. Et tout cela venant d leader mondial des ressources humaines prônant haut et fort ses valeurs humaines !!! Quelle ironie…

Comment a-t-on justifié ton licenciement maintenant que tu sais que cette mesure était préméditée de longue date ?

Toutes les portes sont restées fermées, aucune discussion n’a été possible. Après plusieurs semaines particulièrement difficiles ou j’ai redoublé d’efforts, j’ai demandé un deuxième entretien car les propos tenus à mon encontre n’étaient pas justifiés et je voulais en apporter la preuve. Je n’ai même pas eu la possibilité de m’exprimer, on m’a dit, tu prends tes affaires et tu t’en vas…Par la suite, j’ai fait plusieurs tentatives pour renouer le dialogue mais sans succès. Mon équipe a été particulièrement choquée car j’ai trouvé le courage de leur annoncer de vive voix ce ma mise à pied. J’ai tout simplement dû prendre mes affaires et partir. Quelques semaines plus tard, un de mes anciens collaborateurs m’a contactée pour me rendre mes effets personnels qui avaient été mis dans un sac plastique. Cela donne le sentiment d’être un délinquant … ce n’est pas humain ni respectueux !

Que penses-tu de la réelle motivation de ton licenciement : raisons économiques, faute, copinage avec un éventuel successeur, incompatibilité avec un hiérarchique ?

Je ne saurai jamais précisément mais je pense qu’il y a plusieurs raisons, la première, selon moi, est économique. La deuxième est qu’il a été fait pour des raisons d’affinités personnelles et non de compétences. Une vraie proximité connue de tous ainsi qu’un niveau d’exigence différent. J’ai été remplacée immédiatement après mon départ par le collègue auquel je pensais et dont j’avais communiqué le nom à quelques proches…

Estimes-tu ce licenciement en décalage avec tes résultats obtenus, ton parcours, ton investissement ?

Oui car je ne suis pas responsable du COVID – 19 et de la baisse d’activité qui en a découlé. Une baisse qui a d’ailleurs concerné tout le monde, chez Adecco comme ailleurs. Je n’ai eu de cesse d’être félicitée tout au long de mon parcours et mes entretiens annuels en attestent ainsi que mon évolution la plus récente. J’ai fait d’énormes sacrifices personnels pour cette entreprise, notamment au vis-à-vis de mes proches et surtout de mes enfants. Je trouve que la manière dont j’ai été licenciée est non seulement injuste, injustifiée et en plus elle a porté atteinte à ma dignité.
Le pire, c’est que l’on me reproche mon incompétence et que l’on me maintient ma clause de non concurrence !!! On m’interdit de travailler dans le seul domaine que je maitrise depuis 20 ans… La raison évoquée : l’entreprise est en droit de protéger ses données commerciales. Je peux comprendre ce point dans le cadre d’un départ volontaire ou d’un commun accord. Mais pas dans le cadre d’un licenciement et encore moins lorsque l’on connait certaines situations dans l’entreprise… Les règles ne sont pas les mêmes pour tout le monde !

A ce jour, j’ai dû changer de domicile afin de pouvoir payer mon loyer en situation de préavis, cela a été extrêmement compliqué. Je suis seule avec mes enfants sans pouvoir travailler. Au-delà de l’injustice, je suis également dans une situation personnelle difficile.

Il faut savoir que le Pôle emploi tient compte de la clause de non-concurrence dans le calcul de l’indemnité. Dois je dire à mon enfant aujourd’hui, il va falloir que tu suspende tes études le temps que maman ait le droit de travailler à nouveau car je ne peux plus t’aider… Mais tout cela n’est pas le problème d’Adecco.

Que comptes-tu faire ? Vas-tu faire valoir tes droits face à ce qui peut s’apparenter à un plan social déguisé ?

Je ne compte bien sûr pas rester sans réagir. Je vais engager une procédure aux prud’hommes bien évidemment mais pas uniquement dans un but financier car je pense qu’il ne faut pas se laisser faire face à l’injustice. Je me défendrai jusqu’au bout. Cette reconnaissance est très importante. Il est également important de montrer aux autres personnes dans le même cas que moi qu’il faut se battent pour faire valoir leurs droits.

Avais-tu senti venir les choses avant ton entretien préalable et la notification de ton licenciement ? Si oui, depuis quand ? Des indices ? Un changement d’attitude de ta hiérarchie ?

Oui, trois mois auparavant environ. J’ai eu un entretien mi-année qui s’est bien déroulé où les faits reprochés n’ont absolument pas été évoqués. Moins de deux mois après cet entretien la situation a commencé à se dégrader, le discours à se durcir et cela n’a fait que s’accentuer dans les semaines suivantes, surtout semble-t-il après des consignes transmises par le siège de Zurich à ce qu’on m’a dit. J’ai senti dès cet instant que le combat était perdu d’avance. Cela ne m’a pas empêché de continuer à m’investir totalement.

Quel message veux-tu délivrer à tes anciens collègues de l’entreprise, à la direction ? Que veux-tu leur dire de l’action syndicale de la CFE-CGC sur le sujet ?

J’ai connu Adecco avec des vraies valeurs humaines au début de ma carrière et je reconnais aujourd’hui que cette entreprise m’a beaucoup appris. J’avais le sentiment d’avoir une vraie famille professionnelle. Je peux comprendre les logiques économiques mais je n’adhère pas aux méthodes employées.

Le constat aujourd’hui : un double discours chez les permanents d’Adecco. Tout le monde a peur pour son poste jusqu’à renier ses propres valeurs. Il y a une telle hypocrisie générale, un tel décalage entre les paroles et la réalité. Je ne reconnais plus l’entreprise.
Mon message est : Il ne faut pas baisser les bras et même si le groupe est puissant, chacun à notre niveau nous pouvons faire changer les choses !

Je n’avais jamais été en contact avec un syndicat depuis le début de mon activité professionnelle, mais je reconnais que l’accompagnement de mon interlocuteur m’a énormément aidé. D’une part sur l’aspect conseil en général et juridique mais aussi et surtout sur le plan humain. Du jour au lendemain, on n’est plus rien, on n’existe plus et je profite de cet interview pour remercier sincèrement Arnaud pour son action et son engagement en général et auprès de moi.

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