
“Alors que les machines excellent désormais dans le traitement de l’information, l’analyse de données ou la production de contenus, les managers restent attendus sur ce qui demeure profondément humain : comprendre les émotions, créer de la confiance, donner du sens et maintenir l’engagement des équipes.
Dans ce contexte, l’intelligence émotionnelle (IE) — autrement dit la capacité à identifier, comprendre et réguler les émotions — devient une compétence stratégique. Ce constat se retrouve dans de nombreuses enquêtes internationales. Pourquoi un tel intérêt ? Parce que les managers ne gèrent pas seulement des budgets, des projets ou des procédures. Ils gèrent également des émotions : les leurs et celles de leurs équipes. Dans les périodes sous tension, la tentation est parfois grande pour le manager de se “décharger” émotionnellement sur ses collaborateurs afin d’évacuer un trop-plein de stress ou de frustration. C’est pourtant une erreur coûteuse. Les conséquences peuvent être lourdes : désengagement, absentéisme, conflits, turnover ou baisse de performance.
Les managers émotionnellement intelligents agissent différemment. Ils sont attentifs à leur “empreinte émotionnelle”, c’est-à-dire à l’impact émotionnel qu’ils laissent derrière eux. Après une réunion difficile ou l’annonce d’un changement important, ils ne se demandent pas uniquement si les objectifs ont été atteints ; ils s’interrogent aussi sur l’état émotionnel dans lequel ils laissent leurs équipes. Nos travaux montrent par ailleurs que les managers les plus émotionnellement intelligents sont également les moins enclins aux comportements machiavéliques ou manipulateurs. Autrement dit, un manager doté d’un QE (quotient émotionnel) élevé n’est pas un “pollueur psychique” ; il contribue au contraire à créer un environnement émotionnel plus sain, plus performant et plus durable. Les chercheurs en psychologie parlent ici de “contagion émotionnelle”.
Ce phénomène correspond à notre tendance à absorber, souvent inconsciemment, les émotions des personnes qui nous entourent. Cette contagion est généralement plus forte dans le sens hiérarchique haut — bas : les émotions du manager influencent davantage celles de ses collaborateurs que l’inverse. Contrairement à une idée reçue, l’intelligence émotionnelle n’est pas un talent figé. Les recherches montrent qu’il existe chez l’être humain une véritable “plasticité émotionnelle”, c’est-à-dire une capacité à développer ses compétences émotionnelles tout au long de la vie, y compris après 65 ans. Plus qu’une compétence relationnelle, l’intelligence émotionnelle apparaît aujourd’hui comme une compétence d’adaptation. Et dans un monde où tout change de plus en plus vite, la capacité à s’adapter devient peut-être la plus stratégique de toutes.”
Source : Courrier Cadres (revue)


