A la CFE-CGC Adecco, pas de tabou, juste la prise en compte des problèmes bien réels subis par les uns et les autres. La problématique de la ménopause et de ses inconvénients et conséquences physiologiques et psychiques relèvent de la vie, la vraie. Nous avions d’ailleurs été parmi les premiers, tout au moins dans le monde syndical, à aborder l’endométriose, pathologie féminine particulièrement douloureuse et invalidante. (cf. notre article “La CFE-CGC sensibilise à une pathologie féminine à la fois méconnue et invalidante : l’endométriose“). Dans une entreprise à composante humaine très majoritairement féminine, nous nous refusons à esquiver ces sujets. (NDLR)

Bouffées de chaleur, brouillard mental, douleurs articulaires… Les symptômes de la ménopause ont des conséquences pour les travailleuses et pour les entreprises. Constats et recommandations avec Florence Chappert de l’Anact.

Pourquoi le sujet de la ménopause au travail s’invite-t-il dans le débat public ?

Ces dernières années, les questions de santé féminine telles que les règles douloureuses, l’endométriose, les cancers du sein, etc. se font une place dans le débat social et plus timidement dans le monde du travail. La ménopause, c’est le dernier tabou ! Mais l’attention pour ce sujet progresse avec l’allongement de la vie professionnelle, les enjeux de pénurie de main d’œuvre et de prévention de l’absentéisme. 

Des millions de femmes ont travaillé à la ménopause. Est-ce vraiment un problème ?

En général, les femmes gèrent les symptômes seules, en tentant de les dissimuler, sans en parler. Ces effets sont pourtant pénalisants pour nombre d’entre-elles et sévères dans 20 % à 25 % des cas.

Ils génèrent notamment de la fatigue, de la gêne, du stress et peuvent se traduire par de la perte d’efficacité, des absences ou du travail supplémentaire pour compenser, un sentiment de culpabilité, etc.

Quand elles doivent gérer des bouffées de chaleur, des douleurs articulaires, des insomnies à répétition et du brouillard mental, des femmes perdent confiance en elles. À la ménopause, certaines réduisent leurs ambitions professionnelles voire quittent leur travail. Rappelons qu’entre 45 et 64 ans les femmes sont 59 % à être en emploi – contre 62 % des hommes. Elles occupent très souvent des activités physiquement sollicitantes comme la santé ou le soin aux personnes, le gardiennage, le nettoyage ou le commerce.

Ménopause : les principaux symptômes

  • Démarrage : entre 48 et 51 ans en moyenne
  • Durée : entre 7 et 14 ans
  • Symptômes : bouffées de chaleur, insomnies, troubles urinaires, douleurs articulaires, anxiété, brouillard cérébral, fatigue, dépression, etc.
  • Les symptômes de la ménopause sont variables d’une femme à l’autre et dans la durée.
« C’est un enjeu de maintien en emploi : du fait des symptômes de la ménopause, certaines femmes perdent confiance en elles, réduisent leurs ambitions professionnelles, voire quittent leur travail. »

Que font les entreprises actives sur ce sujet ?

Dans les pays voisins comme en Angleterre, on note de nombreuses mesures de type information et conseil : groupes de soutien sous format de pair-aidance, nomination d’ambassadrices, temps d’échange entre salariés femmes et hommes pour mieux comprendre les effets. Un autre type de mesures concerne les équipements, l’adaptation des tenues de travail, etc.

Une poignée d’entreprises ou de structures publiques françaises ont prévu l’octroi de jours de congés ou de télétravail supplémentaires : par exemple, 13 jours de congé annuels sur présentation d’un certificat médical dans une collectivité, une journée de télétravail supplémentaire par semaine dans une entreprise. Les premiers retours d’expériences montrent que les femmes concernées profitent assez peu de ces possibilités, notamment de peur d’être discriminées ou de révéler leur situation personnelle mais aussi parce que ces mesures ne sont pas forcément ce dont elles ont besoin.

Que recommande l’Anact ?

La première raison des problèmes de santé au travail et de l’absentéisme des travailleuses ce sont les mauvaises conditions de travail. Celles-ci peuvent aggraver les effets de la ménopause. La priorité est donc d’agir sur ce champs. Travailler dans des milieux surchauffés et mal ventilés quand on a des bouffées de chaleur, tenir des positions statiques ou exercer un poste en contact avec le public alors qu’on doit se rendre aux toilettes fréquemment, réaliser seule une mission à forte charge mentale tandis qu’on souffre d’une baisse de concentration… c’est difficile et parfois intenable.

Prendre en compte les spécificités des métiers des femmes et des hommes et les différences selon les sexes nécessite de pouvoir adapter l’activité aux variations des états de santé et aux variations des corps. Cela nécessite d’ engager comme pour d’autres problématiques de santé – telles que l’endométriose mais aussi le diabète ou le cancer qui concernent les femmes comme les hommes – des mesures portant sur l’environnement de travail, l’équipement et l’organisation du travail dont les rythmes. 

En complément de ces mesures en faveur de la prise en compte des questions de santé des femmes au travail, je veux rappeler qu’un enjeu majeur consiste à mieux prévenir les risques professionnels auxquels elles sont exposées, en particulier dans les emplois à prédominance féminine où les risques physiques ou psychosociaux restent sous-évalués. Pour cela, il est nécessaire de réaliser l’évaluation différenciée des risques professionnels.

Ménopause : adapter les conditions de travail

  • Aménagement du poste de travail et de l’équipement : possibilité d’adapter la température de la pièce, accès facilité à des sanitaires et à de l’eau, tenues de travail avec des textiles respirants, etc.
  • Adaptation de l’activité : limiter les taches difficilement compatibles, prévoir des remplacements courts au pied levé en cas de bouffées de chaleur, privilégier des taches sans interruptions en cas de problème de concentration, ne pas affecter une personne à l’accueil en cas de besoin d’aller régulièrement aux sanitaires, etc.
  • Adaptation du temps de travail et des rythmes : flexibilité des horaires, pauses adaptables, etc.

De tels aménagements peuvent être prévus dans un dispositif RH ou un accord et faire l’objet d’une information des salariés et sensibilisation des managers. Ils doivent être discutés, et ajustés régulièrement avec chaque salariée concernée – dans le respect de la confidentialité. Le service de prévention de santé au travail peut mobiliser la visite mi-carrière pour mieux détecter et accompagner les femmes concernées.

Source : ANACT

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