La tendance à regrouper les diverses activités Adecco d’un périmètre donné sous un même toit, dans le cadre du projet « One roof » n’a, si l’on y regarde de plus près, qu’un intérêt purement comptable, au détriment d’intérêts opérationnels évidents. Quelque soit l’habillage sémantique au sujet des synergies, de la nécessaire mutualisation, de la fin du travail isolé ou d’une logique d’activité, il ne s’agit jamais au final que de gagner des baux de location et, bien que cela ne soit jamais avoué – la fameuse absence d’impact social, selon la formule consacrée -, des emplois. Gratter des mètres carrés et des emplois représente l’alpha et l’oméga de la gestion des entreprises dans un contexte de régression économique et d’optimisation des résultats. C’est notre fameuse formule du « toujours-plus, toujours moins ». Relire à ce sujet notre tract du 24 novembre 2011. Tout y était dit ou presque.
Dans toutes ces réorganisations, les seuls qui ne soient jamais consultés, ce sont les salariés permanents, les salariés intérimaires et les clients, c’est-à-dire les trois acteurs du marché du travail temporaire. Les réorganisations technocratico-financières semblent vouloir ignorer superbement l’avis des opérationnels et leurs objections pragmatiques et réalistes mais souvent dérangeantes pour les Harpagon de la finance. Seuls les matheux-comptables ont voix au chapitre, imposant à tous et avec le « succès » que l’on sait (cf. nos parts de marché) des réorganisations en rafales, porteuses des hypothétiques gains d’une vision résolument court-termiste.
Passer de cinq agences en centre ville à un local unique paumé dans une zone industrielle ou en banlieue relèverait donc d’un inestimable progrès en terme d’organisation ? Se couper d’une implantation urbaine et renoncer par la même occasion à l’essentiel des contacts avec nos intérimaires procéderait d’une évolution appréciable ? La question essentielle à se poser semble pourtant relativement simple : qui gagne quoi dans l’affaire ? Les salariés permanents ? Non, évidemment, puisqu’à chaque fois un certain nombre d’entre eux passent à la trappe, d’une manière ou d’une autre, sans que jamais ne soit évoqué le licenciement économique dont ils devraient pourtant pouvoir bénéficier. Les intérimaires ? Pas plus, puisqu’à l’issue d’un jeu de piste, seuls les plus tenaces et les plus dégourdis parviendront, avec davantage de temps et de frais de déplacement, à rejoindre le « One roof » banlieusard. Les client alors ? Il faut bien que quelqu’un y gagne quand même ! Eh bien non, les clients n’y voient absolument aucun avantage, lassés qu’ils sont des redécoupages et réorganisations en rafale qui leur sont imposés.
L’unique intérêt du « One roof », comme de l' »Open-space » d’ailleurs – les anglicismes serviraient-ils dans ces cas-là à crédibiliser et édulcorer la démarche ? – réside dans les gains de mètres carrés et de salariés ainsi réalisés. Quel(s) résultat(s) concrets si l’on échappe un instant à la sémantique biaisée et aux argumentations fallacieuses ? Eh bien j’vais vous le dire comme dirait un homme politique connu : de moins en moins d’agences, de sites en général, de permanents cela aboutit à de moins en moins de clients (voir les derniers chiffres calamiteux), d’intérimaires et par conséquent de parts de marché. Selon nos experts, cette marche régressive n’est évidemment pas tenable à terme et se pose alors la question la plus essentielle qui soit : combien de temps peut tenir une entreprise dont les résultats ne s’obtiennent plus que par l’affaiblissement constant de sa structure et de son organisation et la baisse de ses effectifs. « Leader par les coûts », oui mais combien de temps encore ? Notre expert nous a donné une estimation mais nous vous laissons faire votre pronostic.
Témoignez, envoyez-nous vos observations et remarques sur la démarche « One roof »

5 Commentaires

  1. Pour être sincère, je ne vois pas (plus) quand tout cela va s'arrêter…?
    Des équipes démotivées, tous les meilleurs qui partent (et sont d'ailleurs partis) à la concurrence, des Pdm à la ramasse, en retard sur le Prisme depuis plus de 2 ans, etc…
    Mais bon la rentabilité est là et le cours de l'action grimpe depuis l'arrivée de AD et a même atteint un pic au mois de mars (même si ça baisse sévère depuis) !
    Donc le contrat est rempli, la mariée s'est refait une virginité et peut se remettre sur le marché.
    Je pense que notre grille de lecture n'est plus la bonne et que cette entreprise est aujourd'hui axée seulement sur le profit maximum comme toutes les autres (ou presque) ; le personnel n'étant devenu qu'un "mal nécessaire"…
    Triste, très triste et surtout sans issue.

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