Qui sont nos véritables patrons ?

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Il semble loin le temps où la holding Jacobs, détenant plus de 33% des actions du groupe Adecco, se désengageait et revendait ses parts par l’intermédiaire de la banque Goldman Sachs… On se souvient du coup de sang de Maître Yakafokon sur le sujet (« Maître Yakafokon évoque le désengagement de la holding Jacobs« ). Vous pouvez aussi relire « Demain, méga teuf à Lausanne » ou « La famille Jacobs revend ses dernières actions Adecco« . Toute une page d’histoire du groupe pour mieux comprendre le présent.

Aujourd’hui, les véritables propriétaires et par conséquent dirigeants du groupe sont des fonds de pension américains, britannique, suisse, norvégien… qui exigent chaque année encore et toujours plus de résultats. Cette logique folle explique TOUT : les restructurations, les NAO indigentes, les manœuvres actuelles autour de PME, la fameuse Family, les baisses d’effectifs, les fermetures de locaux, les nouveaux systèmes de rémunération, la modification de la politique auto et tout le reste. Il nous semblait donc tout à fait normal de vous les présenter succinctement mais comme personne ne l’a jamais fait. Voici donc, présentés, par ordre décroissant d’implication dans le capital, les principaux investisseurs qui détiennent aujourd’hui le groupe Adecco.

1) Harris Associates LP. Avec 11,6% du capital du groupe, cette société d’investissement basée à Chicago qui gère 86 milliards de dollars d’actifs au 30 juin 2020, est le premier actionnaire d’Adecco. Harris Associates gère des stratégies d’actions américaines à long terme, d’actions internationales et d’actions mondiales proposées par l’intermédiaire de sa société de fonds communs de placement, les fonds Oakmark. et d’autres types de véhicules. Harris est détenu à 100% par Natixis Global Asset Management , une société française de services financiers détenue principalement par BPCE , deuxième groupe bancaire français.

2) Philippe Foriel-Destezet, fondateur de la société Ecco en 1964 possède encore 5% des parts du groupe, ce qui en fait le deuxième plus gros actionnaire du groupe. Cette position classique pour un fondateur n’a d’autre visée que de rassurer l’actionnariat. Qu’un fondateur et dirigeant historique d’entreprise demeure actionnaire de son ex-entreprise envoie un signal fort de crédibilité aux investisseurs. 

En 2016, il était cité dans l’affaire des Panama Papers pour avoir été, à partir de 1994, actionnaire de plusieurs sociétés aux îles Vierges britanniques et au Panama, en son nom propre ou via Akila, sa holding luxembourgeoise. Bon, d’accord, personne n’est parfait. Ayant très tôt fui l’enfer fiscal français, peut-être dévoré par une anglophilie exacerbée, à moins que ce ne soit pour le climat londonien ou pour perfectionner sa pratique de la langue de Shakespeare, il avait émigré vers la Grande-Bretagne avant que ce ne soit la mode d’élire résidence là ou à Los Angeles, en Suisse ou ailleurs..

3) Sur la troisième marche du podium de nos véritables dirigeants, nous trouvons Silchester International Investors LLP, avec 4,95% du gâteau. Ce fonds d’investissement britannique, basé à Londres, agit pour le compte de fonds dont elle assure la gestion sous mandat, bref, un fonds d’investissement comme un autre mais néanmoins le troisième actionnaire du groupe. A noter que ce fonds a fortement augmenté son investissement, passant d’environ 3% à près de 5%.

4) Norges Bank Invest Management possède 3,22% du groupe Adecco. Là, c’est du lourd puisque ce fonds souverain adossé à la banque centrale norvégienne constitue aujourd’hui, grâce aux revenus pétroliers de ce pays, le plus important fonds souverain au monde, avec un actif évalué en 2017 à plus de 1 000 milliards de dollars, soit 2,7 fois le PIB de la Norvège.

5) UBS Asset Management Switzerland, division d’affaires d’UBS, détient 3,09% de groupe Adecco. C’est un acteur majeur dans le domaine de la gestion d’actifs, présent dans le monde entier, Au 30 juin 2015, le montant total de ses actifs investis s’élevait à 624 milliards d’euros. UBS Asset Management est l’un des premiers établissements de fonds de placement en Europe, l’un des quatre premiers gestionnaires d’actifs internationaux en Asie et le numéro un de la gestion de fonds de placement en Suisse. Il est l’un des principaux gestionnaires de fonds de hedge funds et gestionnaires de fonds immobiliers dans le monde. Respect !

6) Marathon Asset Management LLP détient 3,06% du capital. La société a son siège à New York et des bureaux d’investissement à Londres et à Singapour .Marathon est l’une des huit entreprises sélectionnées par le département américain du Trésor pour gérer le fonds du programme d’investissement public privé.

Marathon Asset Management a été l’une des sociétés accusées d’avoir menacé de bloquer la tentative européenne de sauver la Grèce de la faillite. Ah les grandes âmes !

 7) The Vanguard Group Inc. Encore du très lourd… Ce groupe est basé à Malvern en Pennsylvanie aux Etats-Unis gère 180 fonds de gestion – système des poupées russes et interdépendance des fonds entre eux – aux États-Unis et d’environ 200 sociétés en dehors des États-Unis. The Vanguard Group détient des parts dans de grandes sociétés comme Michelin, Pernod Ricard, Monsanto, ExxonMobil, Alphabet, Time Warner, Dow Chemical ou encore Foxcon. Il est aussi le premier actionnaire de Goldman Sachs devant State Street Corporation, avec 5,73 %12 et le premier actionnaire d’Apple, avec 7,01 %13, et actionnaire d’Amazon, avec 5,6 % des actions. Il est aussi actionnaire d’American Express pour environ 4,70% du capital.

Petite pause pour permettre aux éventuels bisounours qui se seraient subrepticement glissés parmi nos lecteurs de prendre un grand verre d’eau et de pratiquer quelques exercices de respiration ventrale avant de poursuivre la lecture.

8) Crédit Suisse Asset management. Là encore, rien que des philanthropes et 1,94% du capital du groupe Adecco. Cette banque est régulièrement listée parmi les Bulge Brackets, le groupe comprenant les banques d’investissement les plus rentables ainsi que les plus importantes pour le système financier mondial. En mai 2014, le Crédit suisse a été condamné à payer 2,6 milliards de dollars (amendes et remboursements) à différentes autorités américaines pour avoir aidé des citoyens américains à dissimuler à l’étranger des comptes bancaires. Pas de quoi fouetter un chat nous direz-vous.

En juillet 2018, la filiale hong-kongaise du Crédit suisse a payé près de 77 millions de dollars d’amende au Département de la Justice américain et à la Securities and Exchange Commission pour des faits de corruption en Chine. Elle était accusée d’avoir embauché, de 2007 à 2013, des proches de responsables politiques chinois afin de gagner les faveurs de ces derniers et générer ainsi davantage de revenus. Business is business, isn’t it ?

9) Invesco Asset Management
détient 1,79% du capital Adecco. Invesco est une entreprise de gestion d’actifs située à Atlanta aux États-Unis et Invesco est l’un des plus importants gestionnaires d’actifs mondiaux dont l’objectif est d’aider les investisseurs à construire leur patrimoine et leur sécurité financière. Pour cela, ils cherchent, affirment-ils, à obtenir d’excellentes performances à travers une gamme de produits diversifiée. Invesco Ltd opère pour le compte de clients institutionels et distributeurs, et est coté à la bourse de New York sous le symbole IVZ. Opérant dans le monde sous les marques Invesco, Invesco Perpetual, Invesco PowerShares, WL Ross & Co et Atlantic Trust, Invesco Ltd est l’un des plus importants gestionnaires d’actifs mondiaux.
Ancien membre de l’indice FTSE 100 à la Bourse de Londres, elle est cotée sur l’indice Russell 1000 du New York Stock Exchange depuis le 3 décembre 20072 et le déménagement de son siège social aux Bermudes. C’est fou ce que ces gens-là aiment l »exotisme !

10) BlackRock Fund Advisors ne détient directement que 1,58% du groupe mais c’est sans compter ses participation des les autres fonds, eux-mêmes actionnaires d’Adecco. Contrairement à ce que pourrait suggérer son nom, BlackRock n’est ni un groupe de rock hard ou métal ni, directement tout au moins, apparenté aux Black Blocs et disons que les dégradations et déprédations de l’un et l’autre ne relèvent pas du même registre.
BlackRock, basée à New-York, est la plus grosse société de gestion d’actifs financiers au monde. Fondée en 1988 notamment par Laurence « Larry » Fink, qui la dirige encore aujourd’hui, elle gère près de 7 000 milliards de dollars d’actifs à travers les différents continents. Elle possède des actions de la moitié des entreprises du CAC40 : BNP Paribas, Société générale, Vinci, Sanofi, Total…

En novembre 2018, la police allemande perquisitionne les bureaux de BlackRock. Le fonds est soupçonné d’être impliqué dans la gigantesque fraude CumEx, système pratiqué par des fonds de placement et des banques consistant à se faire rembourser des impôts non payés sur les dividendes des actionnaires. Quelle bande de petits chenapans !

Fin 2019-début 2020, BlackRock se trouve encore au cœur d’une autre polémique quant à sa potentielle influence vis-à-vis du gouvernement français, au sujet de la réforme des retraites voulue par le gouvernement (dite « retraite universelle »). Il prodigua au gouvernement français nombre de recommandations indispensables à la bonne réussite de la réforme des retraites. 

Recommandations sans aucun doute de grande valeur si l’on en juge à la remise de la Légion d’honneur par le Premier ministre à Jean-François Cirelli, président de BlackRlock pour la France… Enfin, les dirigeants de ce gigantesque fond de placement se sont ouvertement réjouis de la loi Pacte, premier pas résolu vers l’instauration de la capitalisation en France. 

Épilogue : 

Et malgré tout ça, en France 93% des salariés du privé ne sont pas syndiqués. Cherchez l’erreur !

5 Commentaires

  1. Réponse à Anonyme de 13h40 :

    Dublin ne manque effectivement pas d'attraits. Cette ville aux origines vikings et au patrimoine culturel riche possède un charme fou qui séduit chaque année davantage de touristes. Et puis finir sa journée autour d'une bonne Guinness dégustée dans un pub typique, ça n'a pas de prix.

    Ce qui en a un, en revanche, c'est une fiscalité tout à fait hors normes qui explique la concentration de multinationales ayant élu domicile dans cette ville attachante. Assisterons-nous dans les mois et années à venir à de nouvelles délocalisations vers cet Éden fiscal ? L'avenir nous le dira.

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