Des journées mondiales, il en est actuellement répertorié 669, soit près de deux par jour tout au long de l’année. La lecture de leur liste laisse pantois et offre la garantie de passer un bon moment. Cela va de la journée mondiale de la langue Hindi à la journée sans pantalon (13 janvier) ; la journée de la logique (14 janvier) dont de mauvaises langues prétendent qu’elle se fête en Codir, la journée des câlins (21 janvier) qui n’est, à notre connaissance, hélas, pas encore fériée…, la journée du thon (2 mai) pour laquelle nous nous abstiendrons de tout commentaire, la journée du léopard des neiges (sic), le 23 octobre, et 663 autres.
Certaines journées méritent cependant tout notre sérieux et braquent le projecteur sur des enjeux humains et de santé particulièrement graves et dignes d’attention. Ainsi la journée mondiale de la santé mentale, le 10 octobre, samedi dernier, pour laquelle Adecco aura tenu à communiquer de manière plus ou moins adroite lorsque l’on connait les enjeux de santé mentale dans l’entreprise. Nous pensons tout particulièrement au diagnostic du cabinet-conseil SECAFI soulignant la situation de stress vécu par 62% des collaborateurs permanents Adecco – 49,30% en situation de stress avéré et 12,70% de stress sévère. L’année suivante, le prestataire STIMULUS confirmait cet inquiétant constat.
Adecco s’est donc fendu pour l’occasion d’une présomptueuse préconisation, du genre “À l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale, découvrez comment prendre soin de vous et mieux faire face au changement “. A cela s’ajoutait un message qui n’a rien de subliminal : “Pour la 10 octobre Journée mondiale de la santé mentale. Cette année, le thème choisi par le Groupe est : « Comment faire face à un changement inévitable ? “
Embrace change, ça vous parle ? Embrasser le changement ! Rien que ça ! En tout cas, pas sur la bouche, à peine une pudibonde bise dans la plus permissive des hypothèses ! Cf. notre visuel du 16 juillet dernier : ” Embrace change ? Ça dépend quel changement ! “
La santé mentale, en parler c’est bien, mais traiter les causes s’avère nettement plus efficace. On pourra créer des numéros verts tant que l’on veut, des observatoires, des commissions, signer d’avantageux accords, prôner le droit à la déconnexion, distribuer bisous sur le front et tapes dans le dos, rien ne remplacera une sereine analyse des causes de la souffrance au travail et leur traitement adapté.
Les souffrances, le plus souvent invisibles, le mal-être émotionnel et psychosocial et les pathologies mentales auxquelles elles aboutissent imposent à l’entreprise une réelle prise en compte de leurs causes initiales. Des effectifs insuffisants et la surcharge de travail qui en résulte, l’absence de reconnaissance, la restructurite aiguë et chronique et l’imposition brutale de nouvelles technologies dont l’efficience n’a à ce jour rien de garanti, figurent parmi les principales causes de la fragile santé mentale de nos collègues cadres et non cadres chez Adecco.
Une fois encore, nous adjurons la direction de remettre l’humain au cœur du dispositif et de ne pas se laisser étourdir pas les mirages de l’époque. De toute façon, nous en prenons le pari, rien ne se fera sans les hommes et les femmes dans le cœur desquels on aura su entretenir (ou redonner) l’envie.


