Arnaud : « Il fallait répondre à un besoin d’information de nos collègues »

F.C : C’est une sacré cap : 3 000 articles et insertions diverses en quelques années, cela ne semble pas vraisemblable. Peux-tu évoquer les raisons d’une pareille activité éditoriale ?


Arnaud : Ma motivation initiale s’appuyait sur un constat plutôt simple : l’entreprise communiquait peu et nombre de salariés nous faisaient régulièrement part d’une véritable carence d’information sur à peu près tous les sujets et, bien entendu, avant tout sur ce qui concernait leur quotidien, leur métier, la vie de l’entreprise, les rémunérations, etc… Il nous fallait donc trouver un moyen de toucher chacun où qu’il soit, n’importe quand et d’offrir au plus grand nombre l’information la plus complète et avec le plus de réactivité possible. Ceci, bien entendu, de la manière la plus économique qui soit. L’idée d’un site ou d’un blog s’est immédiatement imposée. Sont venus ensuite les réseaux sociaux relayant systématiquement les articles au quotidien.

F.C. : Oui mais de là à publier quotidiennement depuis plus de 10 ans…

Arnaud : Depuis 11 ans et demi, même. L’aventure commence le 29 juin 2008 par une modeste insertion et le rythme quotidien sera adopté dès le deuxième mois suivant. Aujourd’hui les 3 000 articles publiés constituent une base de données non négligeable, des données accessibles à tous par la barre de recherche intégrée au blog. Pour le nouveau venu qui voudrait lire l’intégralité des publications, cela représenterait plus d’un mois de lecture à temps plein. Quant à la rédaction, on peut l’évaluer à environ une année d’écriture à temps complet depuis la création du blog. Nous sommes les seuls dans la profession à proposer ce volume, ce niveau d’information et ce tempo.

F.C. : Peu de nos collègues ignorent encore l’existence de ce blog même si certains reconnaissent ne s’y rendre qu’épisodiquement. Sans rentrer dans les statistiques précises, de quel lectorat bénéficiez-vous aujourd’hui ?
Arnaud : Nos débuts furent modestes, évidemment, et je me souviens du temps ou je me réjouissais d’avoir passé les caps des 30 puis 50 vues par jour. Arrivé, dès 2009, aux 100 vues journalières, j’avais un peu l’impression d’avoir atteint un plafond de verre infranchissable.
Aujourd’hui nous passons allègrement la barre des 1 000 vues par jour et je considère qu’en dessous de 800 vues la journée a été particulièrement calme. J’observe également une augmentation constante du nombre de visites le week-end, ce qui est relativement récent. L’ensemble de la profession le parcourt, ce qui est flatteur mais nous impose aussi une certaine discrétion sur les données concernant directement l’entreprise.
F.C.: Quel genre de retours positifs reçois-tu le plus souvent ?
Arnaud : Je reçois de nombreux signes d’encouragements, des félicitations pour certains articles, des remerciements aussi lorsque nous communiquons suite à des remontées qui nous sont faites. Notre style est bien établi, connu et reconnaissable : souvent vif, direct, alerte et non dénué d’humour. J’appelle un chat un chat et déteste la langue de bois. On aime ou on n’aime pas. Certains préféreront toujours les copies à l’original, le Gucci en plastique chinois à la marque authentique et le Canada dry au whisky. C’est ainsi, mais globalement, le ton et le fond semblent plaire. Et nous avons même un certain nombre d’accrocs qui nous avouent, au hasard des visites d’agences, ne pouvoir démarrer une journée sans lire la publication du jour. De nombreux Directeurs d’agence la font aussi lire à leur équipe. Certains l’impriment même et nous présentent parfois fièrement les impressions à l’occasion de nos passages en agence.

F.C. : Pour en venir à l’actualité, que penses-tu du débat sur les retraites ?

Arnaud : Ma position est très claire et sans ambiguïté : j’adhère pleinement à la position de notre confédération et de notre fédération Commerces et Services et incite vivement à la mobilisation générale et sans faille pour défendre les retraites. Que ceux qui ne le font pas pour eux s’investissent au moins pour leurs enfants et petits-enfants. Nous ne sommes jamais qu’un maillon très provisoire.

A titre personnel, je déplore le maintien de certains tabous entourant le débat sur les retraites. Je ne développerai pas ici mais comment évoquer le problème de l’avenir de la retraite sans parler de démographie, du chômage (et de ses causes) qui empêche de mener des carrières complètes, de la discrimination contre les seniors qui fait que l’immense majorité des salariés cadres ou non du secteur privé, éliminés précocement, n’obtiendront jamais la totalité de leurs trimestres ? Pourquoi n’avance-t-on pas ou si peu sur l’employabilité des seniors ? Dès juin 2010, il y a plus de neuf ans, nous évoquions ce sujet que certains découvrent aujourd’hui. Et pourquoi ce quasi-silence sur le critère d’espérance de vie en bonne santé (EVBS) dont on commence timidement à parler et que nous évoquions dès le mois d’août 2011 ?

F.C. : Le dialogue social chez Adecco est-il satisfaisant ?

Arnaud : Si l’on considère la courtoisie, le respect mutuel régnant dans les instances et la compétence de nos interlocuteurs, la réponse est oui. Si l’on s’intéresse aux résultats de ce dialogue social, je suis évidemment beaucoup moins enthousiaste. J’invite à ce sujet nos lecteurs à relire l’article du 22 octobre dernier « Quel bilan pour le dialogue social ? » dans lequel je dressais, en accord avec les membres de notre section, un bilan sévère mais, hélas, réaliste et justifié. Le dialogue social ne peut se limiter à la convivialité et au consensus, ni à un souci exclusif de complaire à la direction. Il procède forcément d’une dialectique, d’échanges contradictoires, de concessions réciproques, d’accords partiels mais encore faudrait-il savoir ce qu’est une négociation… La direction est parfaitement dans son rôle et le remplit plutôt bien et il serait souhaitable que les élus en prennent de la graine et assument le leur.


F.C. : Un mot sur les élections, quand même ?


Arnaud : Évidemment ! et plus qu’un mot d’ailleurs. Précisons d’abord que les élections ne sont à la fois qu’un moyen et un aboutissement. Être élu n’est pas une fin en soi mais un moyen d’agir au service du collectif. La frénésie électorale de quelques mois, suivie d’une léthargie de trois ans et demi nous a toujours semblé un peu dérisoire. Il importe d’être élu, bien sûr mais pour quoi faire ? Se protéger et engranger ses points de retraite ou agir au quotidien pour l’ensemble des salariés ? La réponse est dans la question. Ensuite c’est un aboutissement. Au-delà des postures et impostures, l’élection vient sanctionner un travail, une implication, un engagement permanent et sincère.

Au premier tour des élections professionnelles, en novembre, nous avons enregistré une forte progression par rapport au premier tour 2016 qui était lui-même très supérieur à 2011. A ce premier tour, nous progressons par exemple de + 50 % sur le vote cadre pour notre organisation au niveau national, avec une progression de + 74 % en notre faveur sur le Nord, par exemple. Nous en remercions sincèrement nos collègues cadres qui ont voté pour nous.
Comme nous l’avons déjà exprimé, le vote CFE-CGC demeure un marqueur fort du niveau de maturité des cadres et de l’encadrement de l’entreprise. Quand on est cadre, voter pour le seul syndicat catégoriel dédié à l’encadrement prouve que l’on a compris les enjeux et que l’on gère au mieux ses intérêts.
J’espère que dans quelques jours, le second tour viendra confirmer et amplifier encore, si possible, cette très belle progression.


F.C. : Et maintenant, quelles perspectives pour la communication de la CFE-CGC Adecco ? Tu assureras les 3 000 prochains articles ?


Arnaud : Mes perspectives de communication au service de la section restent inchangées. Je suis prêt à continuer de publier pour notre blog les 3 000 prochains articles si cela convient à la section ! Mais attention, sans pour autant prétendre rester encore dix ans dans l’entreprise ! (rires) J’ai également un projet avancé de publication d’un livre sur les grandeurs et misères du dialogue social qui devrait paraître en 2020. Et plein d’autres projets encore à dévoiler au fur et à mesure des avancées.

11 Commentaires

  1. ce blog est unique et j'espère que vous allez continuer à nous informer tous les jours. Ca ne fait qu'un an que je l'ai découvert mais je suis remonté dans le temps et j'ai découvert des dizianes d'articles passionnants
    Merci !

  2. Bravo pour tout ce travail ! Tes articles sont le reflet de ce que nous vivons au quotidien. Continu à nous représenter et à nous informer. La CFE-CGC peut compter sur ma voix pour faire de sorte que vous puissiez poursuivre toutes vos actions. J'en profite pour remercier tout le groupe !

  3. Moi aussi je fais partie des accrocs depuis les aventures de Yakafokon qui me rappelait quelqu'un. Comment il va Yakafokon est-ce qu'on va bientôt le revoir sur le blog ?
    Sinon chapeau pour la pertinence et l'impertinence des articles, je me régale depuis des années et j'espère me régaler encore quelques années !

  4. Pourquoi vous êtes les seuls à nous dire tout ça ? à quand l'union des syndicats ? on en prend plein la tête et on a l'impression que les syndicats sont sur leur petit nuage
    j'ai quand même voté pour vous mais j'attend des actions visibles et pourquoi pas une gréve c'est le moment

  5. Superbe initiative qu'est ce blog depuis 2008. Il permet d'éclaircir les choses quand nous sommes dans la pénombre. Des articles percuttants et avec du sens. Bravo!

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