Vigilance envers le « dialogue social connecté »

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Depuis plusieurs mois, les militants et les militantes, les
négociateurs et les négociatrices de tout niveau ont vu leur quotidien
envahi par des écrans. Pratiquement plus un jour ou une semaine ne se
passe sans qu’une réunion se déroule via une plateforme de
visioconférence. Cette évolution technologique de la pratique du
dialogue social pose un certain nombre de questions et de problèmes sur
lesquels il faut se positionner.



Membre du groupe de réflexion « Impact du numérique sur le dialogue
social » créé par l’association Réalités du dialogue social (RDS), j’ai
pu faire auditionner des élus CFE-CGC parmi les 24 personnes
interrogées. Le thème des entretiens était le suivant : « Réunions à
distance entre les représentants du personnel et les directions
d’entreprises : ce que la Covid-19 a changé ». Il s’est agi d’un vrai
travail collégial auquel la CFE-CGC a pris une part très active. Nous
avons essayé de débriefer un sujet auquel les militants syndicaux sont
confrontés quotidiennement dans leur pratique de terrain. Inutile de
dire que je me retrouve dans les principaux points de conclusions
(ndlr : l’étude est consultable sur le site Intranet de la CFE-CGC).



Tout le monde est d’accord pour dire qu’il faut exclure le tout digital :
effectuer toutes les négociations en visio est une lubie qui ne
correspond pas à la réalité du monde du travail et qui conduit à un
affaiblissement du rôle des partenaires sociaux. Pourquoi ? Parce que
même si les enjeux sont tout sauf fictifs, le dialogue social relève un
peu du jeu théâtral. Il y a une part visuelle dans les négociations : on
avance un argument, on voit les réactions de l’ensemble des autres
protagonistes, ce qui est rarement possible à l’écran. Il existe tout un
jeu d’attitudes qui, au final, a son importance. Le digital supprime
aussi la valeur ajoutée de ce que l’on appelle les discussions de
couloir : se faire confirmer une position en tête-à-tête, essayer de
convaincre un collègue en aparté…


LA MIXITÉ DU PRÉSENTIEL ET DU DISTANCIEL VA S’IMPOSER DURABLEMENT DANS LE PAYSAGE


Dans un atelier, un entrepôt ou un open-space, la perte du contact
physique enlève au militant une possibilité de détecter les « signaux
faibles » de l’entreprise. On retrouve d’ailleurs cette reconnaissance
de l’importance du dialogue social en présentiel dans les récents
documents du ministère du Travail. Ils permettent aux syndicats de
s’opposer à la tenue de plus de trois réunions par an sous forme
numérique du comité social et économique (CSE) s’ils estiment que les
sujets de l’ordre du jour le méritent.



Il faut toutefois considérer des éléments positifs dans le digital. Les
réunions à distance peuvent être utiles pour faire intervenir, par
exemple, un haut responsable d’une entreprise dans des débats auxquels
il n’aurait pas assisté s’il lui avait fallu se déplacer. Le fait de
devoir respecter une certaine discipline de prise de parole peut
entraîner de concentrer ses interventions sur l’essentiel. Néanmoins,
l’évolution vers le digital s’apparente indiscutablement à un recul si
elle est mal encadrée. À la CFE-CGC, nous soutenons que le sujet doit
être discuté au sein des entreprises et des branches, et faire l’objet
de la signature d’accords sur l’utilisation du numérique.



Comme le remarque l’étude de Réalités du dialogue social, « il existe
sur la forme quelques velléités de retour en arrière ». Mais
globalement, on peut penser que la mixité du présentiel et du distanciel
va s’imposer durablement dans le paysage. D’autant plus si le
télétravail se pérennise comme une des formes de l’organisation du
travail. La vigilance en matière de dialogue social connecté ne fait que
commencer.
 

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