D’habitude, en cas d’acquisition-fusion d’entreprise, l’usage veut que rien ne s’agite beaucoup les premiers mois et souvent même la première année. Les deux entreprises s’observent, se flairent et c’est la ronde des audits, de la tournée des popotes, de la découverte mutuelle précédant la phase des « rapports d’étonnement » et des ébauches de réorganisation. Les salariés des deux entités apprennent à se connaître, assurent le quotidien, plutôt rassurés après tant de sombres rumeurs et de prévisions catastrophistes en se disant que finalement il n’avait servi à rien de se faire du mouron et qu’une fusion peut finalement s’avérer parfaitement indolore. Puis s’ensuivent immanquablement, souvent au pas de charge, les douloureuses décisions, remaniements et réorganisations en tous genres avec leur cortège de gagnants mais aussi de laissés pour compte, de licenciements et de frustration.

Avec le rachat de QAPA, rien de tel. Nul besoin de se découvrir, de se flairer de longs mois et nous ont été épargnés les préliminaires. Il faut dire qu’ils s’étaient déroulés bien en amont et que les partenaires avaient bien mijoté leur coup. Aussitôt racheté, QAPA affichait fièrement dans sa communication officielle « QAPA, la solution digitale Adecco« . Au moins les chose sont claires et sans ambages. Les rôles sont bien définis : mouiller la chemise en agence, c’est nous, et le digital, c’est eux. Or nous allons vers une digitalisation généralisée, ce qui, reconnaissons-le, est plutôt inquiétant pour le réseau physique.

L’offensive est lancée et QAPA a commencé d’écrire à nos clients, souvent les plus importants, pour leur proposer leurs services à des prix défiants toute concurrence. Il a bien été dit et écrit dans la presse que leurs objectifs prioritaires portent sur les plus importants de nos clients. Nous avons en main certaines de leurs propositions et croyez-nous, les prix volent bas, tout au moins dans l’absolu car, au final, il s’agit bien d’une prestation sans agences et avec de maigres effectifs. Les tarifs pourraient sans doute baisser encore si besoin…

Soyons plus précis, QAPA écrit aujourd’hui à nos clients pour proposer des coefficients de gestion autour de 1,50, pour être précis 1,53, en précisant bien qu’il s’agit d’une offre promotionnelle uniquement valable jusqu’au 30 octobre. Affaire à saisir en quelque sorte ! A quand le 3 pour le prix de 2 ? Le remboursement si non satisfait ? La reprise des inaptes et des malades ? La livraison gratuite ? Et un discours commercial du genre « Je vous en mets combien ma petite dame ? » Précision du courrier pour bien allécher le client : « En France, le coefficient d’un contrat de gestion est à 1,69 en moyenne. L’offre QAPA vous permet de bénéficier d’un coefficient de 1,53, ce qui correspond à une économie directe de 3050€ HT pour un intérimaire payé au SMIC à l’année« . Ça fera réfléchir un certain nombre de clients…

En délégation, le nouveau venu dans le groupe attaque carrément en-dessous de 1,70, à 1,69 précisément, pour de la délégation. Auprès de notre Directeur général, nous avons évoqué une concurrence déloyale et qui pourrait prétendre le contraire ?

Que devient notre métier ?

Cerise sur le gâteau, nos collègues permanents n’ont pas été informés de cette offensive sans précédent, ce qui est un véritable scandale, et ce sont donc leurs clients qui les informeront à moins qu’ils n’aient eu le réflexe de visiter notre site. Pendant ce temps-là, nous sommes vivement priés d’augmenter les tarifs de nos clients. A quoi joue-t-on ? La direction a-t-elle décidé d’accélérer la disparition du réseau d’agences ?

10 Commentaires

  1. L’heure est grave mes enfants, on jette le bébé avec l’eau du bain

    Lorsque l’on sait combien de temps, d’investissements, pour soit décrocher un Prospect voir garder un Client….en sachant qu’aujourd’hui c’est le prix qui est fondamentalement la variable de décision , Adecco a déjà fort à faire avec la concurrence, maintenant les balles partent de l’intérieur…

    La nouvelle trilogie de la rentrée, « QAPA l’ennemi qui venait de l’intérieur »

  2. Je me suis pris une remontée par mon DZ, parce que ma recruteuse avait vendu en dessous d’1,75… Notre cher Goéland créé des alertes si nous passons en dessous d’un certain coeff…

    Alors quid de l’alerte Goéland quand va être présenté à nos client l’offre QAPA ultraoffensive avec une service minimum?

    La valeur ajoutée de nos agences se sont nos recruteurs et notre service délivré de proximité…

  3. Incroyable !!! je ne suis pas au courant de ce courrier chez mes clients mais si ce que vous dites est vrai on est foutus
    à quoi jouent nos dirigeants ? c’est quoi le but de tout ça ? on coûte trop cher alors ils n’ont qu’a nous virer ! j’ai rien contre qapa ils font ce qu’on leur dit mais nous on devient quoi ?

  4. Nous virer leur coûterait trop cher aussi. Ils préfèrent nous mettre la pression dans l’espoir de nous faire partir avec une simple démission mais on peut commencer à penser qu’un plan social guette avec de telles pratiques concurrentielles.
    Je préfère aller aux champignons, c’est la période et ça détend !

    • Une action engagée depuis quelques années, sans y faire attention, le groupe est en train de scier la branche sur laquelle il est assis. Quand on voit des dégâts des recrutements via les plateformes numériques, Indeed et les autres… Il va falloir se poser les bonnes questions !

  5. Je confirme : Qappa a proposé un coefficient de 1,53 chez le premier client de l’agence. Le client a fait un retour à l’agence en disant que l’on se gavait sur son dos… On lui a expliqué que c’est une offre pure player…et donc pas le même service… Mais le doute s’est installé…

  6. A 1.53 … la marge est proche de 0 si les TT sont aux smic donc si on ajoute des primes diverses autant dire qu’il s’agit d’une vente à perte …

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