Lorsqu’une gouvernement impécunieux et panier percé se met en tête de renouer avec quelque trésorerie et surtout une réduction du déficit public, il risque bien souvent d’agir impulsivement et mal à propos. Sans rien régler voire en empirant la situation. Ainsi la loi annoncée sur les arrêts de travail et notamment le décret qui devrait paraître l’automne prochain, font-ils déjà couler autant d’encre que de salive. Il faut dire qu’en six années seulement, de 2019 à 2025, le montant de l’indemnisation des arrêts de travail au titre de la santé a bondi de +45%. Une évolution insoutenable dans l’état actuel des finances publiques et que rien ne semble pouvoir justifier rationnellement.

Hormis les hypothèses d’abus et de fraude, sans doute bien réels mais estimés très officiellement à environ 1% des arrêts de travail pour raison de santé, la bonne question consisterait à s’interroger sur les causes de cette rapide et sévère dégradation de l’état de santé publique. L’une des pistes, dans le collimateur de l’exécutif, pointe le nomadisme médical consistant pour un patient à multiplier le nombre de médecins généralistes jusqu’à, est-il suggéré, finir par en adopter un plus enclin que les autres à prescrire un arrêt de travail. Ces médecins père Noël sont, eux aussi, dans le collimateur et il se pourrait bien que leur générosité débordante vive ses derniers mois. Par exemple, en 2024, plus de 13 000 assurés se sont vus prescrire des arrêts de travail par cinq médecins généralistes libéraux différents durant la même année. Que ce type d’abus soit sanctionné ne devrait choquer personne.

Mais rassurons nous, il n’est pas question pour autant, dans l’esprit du législateur, d’empêcher un patient de consulter plusieurs médecins lorsqu’une pathologie particulièrement délicate le justifie. Il ne s’agit bien, dans l’esprit du législateur, que de lutter contre les abus et la fraude à grande échelle, financés par tout un chacun. Les contrôles menés en 2025 ont amené à détecter une augmentation de 6% de cas d’abus. Le décret de l’automne prochaine statuera sur un renforcement des contrôles et un alourdissement des sanctions pour les faux-malades comme pour les praticiens suspects.

Même si nous pouvons tomber d’accord sur l’esprit de cette démarche, il est à regretter que l’exécutif ne s’en prenne qu’aux symptômes, les arrêts de travail, sans se soucier plus que cela des causes profondes d’une dégradation de la santé publique. A aucun moment ne sont abordés, dans ce projet de loi, l’intensification de la productivité, la fatigue mentale découlant du tout-digital et de ses contraintes souvent insoutenables, l’inflation des normes et procédures, le manque de reconnaissance, la démotivation et le désinvestissement professionnel auxquels mène la fragmentation des fonctions et tâches, le vieillissement de la population, la désaffection et le désintérêt pour des fonctions exigeantes mais dont le salaire permet tout juste de vivoter, etc…

A défaut de s’attaquer aux causes, les mesures légales en gestation ne traiteront donc, une fois encore, que les symptômes. Encore un rendez-vous manqué avec les véritables raisons de l’inflation problématique de cette forme d’évitement que peut représenter l’arrêt de travail médicalement non justifié.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici