Nous avions été les premiers (et les seuls) à alerter à plusieurs reprises sur des pratiques plus qu’inquiétantes à l’encontre d’une directrice d’agence de Picardie (voir nos articles du 30 mars 2009 , du 14 avril 2009, du 23 septembre 2009 et du 6 décembre 2010 ). Nous ne pouvions être plus précis afin d’éviter toute interférence avec l’enquête et la procédure en cours.
Aujourd’hui, la justice a tranché et condamne lourdement Adecco à verser à la victime, une directrice d’agence sur la DR 35, l’équivalent, disons, du résultat net annuel d’une belle et bonne agence bien rentable… (désolé, on ne peut divulguer le montant publiquement). Tout y est : dommages et intérêts pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, indemnité de rupture, réparation du préjudice moral, demande reconventionnelle en vertu de l’article 700 du Code de procédure civile.

Reprenons rapidement les faits et nous verrons qu’ils rappellent étrangement l’affaire  que nous avons commencé à évoquer le 2 février dernier sur ce site. Ils rappellent tout aussi étrangement une affaire qui remonte à près de quatre années que la direction avait réussi à étouffer avec un chèque… très confortable, alors que les choses tournaient au vinaigre et que l’on s’acheminait vers une procédure calamiteuse en termes d’image.

Dans l’affaire qui vient d’être jugée, la directrice d’agence, une certaine M.V., entrée chez Adecco en 1989, avait connu un parcours enviable : classement en tête dans pratiquement tous les concours commerciaux, gestion rigoureuse, équipe soudée avec laquelle elle entretenait d’excellentes relations dépassant largement le cadre professionnel, estime de son directeur de secteur, de région, de ses collègues, de ses clients… bref, une situation de réussite durable comme on en souhaite sincèrement à tous les collaborateurs Adecco.
Puis, le PSE est passé par là, avec son cortège d’angoisses et de craintes pour l’avenir. L’équipe s’inquiète mais M.V., prend systématiquement sa défense et tente de gérer au mieux les intérêts de ses fidèles collaboratrices pour lesquelles elle s’est toujours battue. Parallèlement, M.V. vit douloureusement la perte d’un bébé, puis se trouve à nouveau porteuse d’une grossesse à hauts risques, comme en témoigne le médecin spécialiste qui la suit.
C’est à ce moment que le directeur régional la convoque pour l’agonir d’une avalanche de critiques insensées et sans le moindre début de fondement. M.V. reçoit alors « la foudre », selon sa propre expression. Elle est littéralement foudroyée. Précisons que le directeur régional la fait se déplacer à la direction régionale alors qu’il ne pouvait ignorer que M.V. se devait d’éviter tout trajet prolongé en auto. Le soir même, complètement choquée, elle était hospitalisée en urgence et la réactivité de l’équipe médicale permit heureusement de sauver l’enfant.
Selon le directeur régional, elle aurait par son management, provoqué une intense souffrance sur ses collaboratrices et cela depuis de très nombreuses années. Sans bien sûr que cela n’ait filtré, sans que personne n’ait jamais parlé, ceci dans une agence qui ne connaissait aucune rotation de personnel… Dans la foulée, voici que les collaboratrices se mettent, toutes ensemble, à écrire à la DRH pour relater l’intolérable souffrance qu’elles vivaient en secret depuis dix à vingt ans, selon les cas, mais sans pour autant évoquer le moindre fait tangible. Et pour cause. A ce sujet, lire et relire notre article sur l’affaire de l’Ouest. Tout y est dit. Le montage, la chronologie et les méthodes sont exactement les mêmes. « C’est du copié-collé » estiment les avocates des deux affaires. Les élus CFE CGC du CHSCT France-Est avaient d’ailleurs souligné l’étrange convergence dans le fond et la forme des courriers en question.

La minute du jugement rendu le 6 mai dernier rend d’ailleurs parfaitement compte, en 18 pages, de la mécanique infernale mise en œuvre pour éliminer une directrice d’agence dont le principal tort consistait à ne s’être pas suffisamment soumise aux directives de réorganisation prises dans le cadre du PSE et qui commençait peut-être aussi à coûter un peu trop cher.

Dans ce montage nauséabond, nous retrouvons bien entendu, comme à chaque fois, volant au secours de la direction, une élue du syndicat supplétif (faut-il encore le désigner ?), ne ménageant ni son temps, ni son encre pour accréditer la version de la direction. Son nom figure d’ailleurs dans le PV du jugement car elle s’était empressée de contribuer à une enquête, entièrement à charge contre la directrice d’agence, à plus de 600 kilomètres de son domicile (alors qu’elle ne connaissait bien entendu ni la directrice d’agence, ni les collaboratrices), après avoir contribué à l’étouffement d’un CHSCT extraordinaire déclenché pour cette affaire…(pour ce dernier point, tous les détails figurent aussi dans la minute du jugement). Si ce n’est pas de l’abnégation, cela y ressemble à s’y méprendre. Nous verrons prochainement que les mêmes élus furent également en appui de la direction dans l’affaire évoquée ci-dessus, remontant à quatre années, comme ils le sont actuellement de l’affaire en cours que nous désignons pour le moment « affaire de l’Ouest » et qui s’avérera sans doute être le plus grand scandale dans la profession des dernières décennies.

Au final, justice est faite, ce qui n’enlève ni la blessure, ni les souffrances des unes et des autres. Oui, nous disons bien des unes et des autres, car les salarié(e)s ainsi instrumentalisé(e)s souffrent aussi de ce qui leur a été sinon imposé du moins fortement suggéré. Au final, ce sont des démissions, des transactions, des départs douloureux, parfois le chômage et, surtout, le plus pénible, il faut continuer à vivre avec soi-même, avec sa conscience, ce qui ne représente pas la plus mince épreuve.
 
Mais le temps fera son œuvre et la souffrance ira sans doute en s’atténuant.
Ce qui est quand même rassurant, pour finir sur une note positive, c’est que ni l’inspection du travail, ni la médecine du travail, ni la CRAM, ni les juges prudhommaux, ni les dizaines de témoins en faveur de M.V. n’ont  été dupes et qu’il a été impossible de leur faire prendre des vessies pour des lanternes.

Le mot de la fin devrait être : plus jamais ça !

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