Le Livre II, l’un des documents majeurs remis aux élus par la direction pour leur dresser un état des lieux de la situation et justifier les importantes réductions d’effectifs souhaitées, constitue une véritable litanie dressant un tableau apocalyptique de la situation présente et à venir de l’économie et, partant, du groupe Adecco.
Dégradation de la compétitivité, baisse du marché du travail temporaire au plan mondial, retournement brutal de la conjoncture en 2008, durcissement des conditions du marché, reprise fragile en 2010, mais aussi dette publique, déficits publics, politiques d’austérité en Europe, niveau historique du chômage, « notamment en Europe » et prévision de croissance faible. Rien ne nous sera épargné et la direction nous la joue façon Cosette geignarde.
Et ce n’est pas tout : croissance faible du PIB, risque de récession et fermeture de 385 usines depuis 2009, perspectives du Centre d’Analyse Stratégique de destruction de 318 000 emplois… Bref, vous l’aurez compris, il est urgent d’alléger la barque et de se défaire de quelques centaines de salariés. Le plus ambigu dans l’affaire c’est que ces sombres perspectives économiques sont loin d’être fantaisistes et tout un chacun peut en prendre connaissance à son gré en se documentant un peu tandis qu’Adecco gagne de plus en plus d’argent et que la poule semble bien loin d’avoir pondu ses derniers œufs d’or (question image on reste dans la ferme mais ça change de la vache à lait)… Voir à ce sujet notre article d’il y a deux jours sur la bienheureuse famille Jacobs. On hésite entre « Une famille en or », « Plus belle la vie » ou « Qui veut gagner des millions ? ».
Reste quand même que les principales questions ne sont pas posées, sans doute par crainte de quelques réponses inconvenantes. Pourquoi la société perd-elle des parts de marché, à l’issue d’une restructuration lourde, théoriquement conçue pour optimiser le fonctionnement de l’entreprise ? Pourquoi continue-t-on à affaiblir la structure française, principale contributrice du groupe, à hauteur de plus de 30% ? Pourquoi, depuis 1996, une harmonisation sociale n’a pas même été amorcée entre Adecco et Adia ? Aucune segmentation tentée ? Pourquoi supprimer autant d’emplois en France tandis que le groupe ne cesse de jouer la croissance externe et de jeter son dévolu sur nombre de sociétés ? Sur ce dernier point, notre boule de cristal nous révèle encore une nouvelle acquisition dans le courant de l’année. La voyance n’est certes pas une science mais nous verrons bien…
Au final, nous ne cesserons de le répéter : Adecco se porte comme un charme, gagne de plus en plus d’argent après avoir été fortement secoué lors de la dernière crise. La marge Ebita (avant provision) progresse, les dividendes augmentent, le périmètre du groupe croît année après année. Selon nous, cette excellente santé financière, enviable et enviée, se maintient et se développe au détriment des salariés, inusable et trop commode variable d’ajustement, et de l’outil de production qui s’amenuise d’année en année. Relire à ce sujet notre tract du 24 novembre dernier « La finance expliquée aus Nuls« . Tout y était dit.

1 COMMENTAIRE

  1. Que de pessimisme, ce n'est pas une perception de gagnant ça.

    "Pourquoi supprimer autant d'emplois en France tandis que le groupe ne cesse de jouer la croissance externe et de jeter son dévolu sur nombre de sociétés ?"

    La France n'est plus intéressante ? elle n'a plus la force économique d'en-temps ? Il était pourtant si bon de profiter des allégements et autres bénéfices que ce beau pays a pu offrir. Avec 530 demandeurs d'emploi supplémentaire c'est un beau remerciement que vous lui offrez là. Merci pour elle.

    Pour poursuivre dans l'esprit 3O millions d'amis, des poules et des vaches, je suis plutôt tenté par "les rats quittent le navire"

    Au passage : ces 530 "volontaires" paient des impôts eux !

    A la lecture de ce rapport aux perspectives bien sombres, j'espère que les indécis du "volontariat" au départ seront confortés à conserver leur emploi et a se battre pour ce dernier, car l'avenir parait très incertain dehors.

    Déprimant cet article.

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