François Hommeril, Président de la CFE-CGC

François Hommeril, président de la CFE-CGC, signe
une tribune dans les Echos du 20 décembre. Il s’élève contre un projet
inutile et dangereux qui « fait rentrer le monstre par une porte
dérobée ».

Au commencement, il y a un doute : quelle est donc cette
réforme pour laquelle le pouvoir est prêt à prendre tous les risques
politiques pour le bien des gens, contre leur volonté ? Et si ce projet
est tellement juste et porteur de progrès, pourquoi ne pas l’appliquer
immédiatement au lieu de prétendre rassurer en étalant sur le très long
terme ce drap de bonheur, de justice et d’équité ?

Ensuite, se révèle le vrai visage de la réforme avec une étrangeté :
pourquoi baisser l’assiette de cotisation au nouveau régime de 8 à 3
plafonds de Sécurité sociale ? Et ainsi priver le futur régime des
cotisations nécessaires à équilibrer les droits déjà acquis.  Un trou
qui se creusera méthodiquement pour atteindre 65 milliards d’euros et
dont on nous dit que les réserves actuelles pourraient être mobilisées
pour le combler. Exiger le maintien de l’assiette de cotisation, c’est
défendre l’ensemble des salariés, tous salaires confondus, ayant
constitué des réserves pour se prémunir des aléas économiques et des
vagues démographiques que le projet veut utiliser à d’autres fins.

Le progrès s’arrête là

Après vient le débat sur la part des retraites dans le PIB.
Comptabilisées dans les dépenses publiques, nos retraites sont mal vues
par Bruxelles : 14 %, c’est beaucoup trop. Il faut abaisser ce chiffre
comme la Commission le recommande inlassablement à la France depuis des
années. Comme un aveu, le nouveau commissaire français se réjouit
de cette réforme « nécessaire » . En France, le temps de vie en retraite
a plus que doublé en soixante-dix ans par l’effet de la productivité,
de la croissance et du progrès social. Ainsi, on déciderait que le
progrès s’arrête là, que les futurs gains de productivité ne profiteront
plus au travail et à la partie différée du salaire servie en retraite.
Voilà le destin promis à la retraite par répartition dans un système
unique à points : la décroissance, chacun étant invité, selon ses
moyens, à mieux se pourvoir avec des régimes complémentaires par
capitalisation.

Les avis convergent pour contredire la communication gouvernementale.
Non, le futur système ne fait pas une bonne place aux carrières
incomplètes, notamment celles des femmes qui seront défavorisées par
l’âge et le niveau de pension. Les carrières dites « ascendantes », qui
identifient la classe moyenne, seraient aussi défavorisées par l’abandon
de la référence aux 25 meilleures années. Quant aux agents des
fonctions publiques, ils sont inondés de belles promesses que chacun
sait intenables avec un point d’indice bloqué depuis dix ans comme
preuve de la valeur des engagements de l’Etat.

Futur système « irréversible »

Pourtant, le gouvernement s’arc-boute. Méprisant la pertinence des
critiques et la justesse des revendications, il s’en tient à un défaut
de pédagogie pour seule excuse du désordre et de l’inquiétude que son
projet suscite dans le pays tout entier.

En diminuant l’assiette de cotisation, en décrétant la baisse
nécessaire de la répartition dans le PIB, en renvoyant le calcul des
pensions à une seule valeur de point aussi aléatoire que les crises
économiques à venir sont certaines, le projet de l’exécutif rend
nécessaire l’établissement de régimes complémentaires par
capitalisation. Voilà pourquoi, toutes concessions faites aux grincheux,
il faut rendre le futur système « irréversible ».

Dans un modèle social français déconstruit par trente années de
réformes néolibérales, la retraite par répartition est la dernière
citadelle à prendre. Depuis des lustres, les grands fonds de pensions
internationaux lorgnent avec gourmandise sur la retraite française .
Avec son projet de régime unique, le pouvoir fait rentrer le monstre par
une porte dérobée.

En rentrant dans le mouvement de mobilisation contre un projet de
réforme inutile et dangereux, la CFE-CGC et ses militants témoignent de
leur volonté inébranlable de rester dans un système de garanties
collectives, de contribuer à la solidarité nécessaire pour une société
juste et pacifiée, et d’en être les acteurs responsables.

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