De bon matin, Maître
Yakafokon penché sur son écran, l’air soucieux, épluche les dépêches
économiques, crayonne les cours de la Bourse de la veille et parcourt les
analyses financières de la nuit. C’est à ce moment qu’entre dans son bureau
Marie-Rose, sa fidèle assistante personnelle.


Marie-Rose : Bonjour
Maître, vous êtes déjà en pleine cogitation ?

Maitre Yakafokon : Non,
non Marose, je parcours simplement la presse, comme d’habitude. Vous êtes d’une
élégance ! Faites-moi vite un zizou sur la zouzou.

Marie-Rose : Oh
Maître ! si quelqu’un entrait…

Maitre Yakafokon : Mais
non, il n’y a encore personne, faites-moi vite un zizou sur la zouzou.

Docile mais pas rassurée
pour autant, Marie-Rose déposa un rapide baiser sur la joue tendue.


Maitre Yakafokon : Qu’avez-vous
donc ce matin, je vous trouve bien tristounette, soucieuse peut-être ?

Marie-Rose : C’est que,
Maître, je me fais du souci, un vrai sang d’encre. Je n’ai pas fermé l’œil de
la nuit.

Maitre Yakafokon : Et
pourquoi donc ? Encore les siennes de votre abruti de mari ?

Marie-Rose : Non, Maître,
rien à voir, beaucoup plus grave

Maitre Yakafokon :
Exprimez-vous donc Marie, je vous en supplie. Cesser de jouer aux devinettes et
de me faire languir. Que vous vaut cette mine de Mater dolorosa ? 

Marie-Rose : C’est que…
comment dire…. euh… dans la presse…. Ma voisine m’a montré le journal où on
parle du retrait d’Adecco de la famille Chocolat.

Maitre Yakafokon : Hum…
Marie-Rose, pour la mille trois cent dix-septième fois, je vous demande de ne
pas nommer ainsi nos principaux bienfaiteurs. Vous manquez de respect à ceux
qui vous nourrissent, à qui vous devez tout, absolument tout, l’air que vous
respirez comme l’eau que vous buvez. Vous devriez chaque matin, même en pensée, leur baiser les pieds et louer le ciel qu’ils continuent à nous prodiguer leurs bienfaits. Et même votre pavillon à
Trifouillis-les-Corbeaux, votre Fiat Panda turbo D… Tout, quoi, vous leur devez tout. Je ne veux plus
vous entendre les appeler ainsi. C’est un manque de respect manifeste. Une
offense à la grandeur.

Marie-Rose : Bien Maître,
mais il parait que nos… bienfaiteurs prennent la poudre d’escampette avec, à ce
que dit ma voisine, vingt-deux millions d’euros en poche. 

Maitre Yakafokon :
Décidément, vous êtes fâchée avec les chiffres ma pauvre fille. Que voulez-vous
que de pareilles sommités fassent avec vingt-deux pauvres petits millions
d’euros ? Hein, franchement ? Pourquoi pas vingt-deux euros pendant
que vous y êtes ! Multipliez par cent mon ingénue Rose et vous aurez
plutôt deux milliards et deux cent millions.

Marie-Rose : Comment
est-ce Dieu possible, je croyais que nous étions en crise et que plus rien
n’allait comme il faut et que…

Maitre Yakafokon : Ma
douce idiote, il va quand même être temps que vous preniez un peu de hauteur et
cessiez de raisonner ou plutôt même de résonner comme une midinette. La crise,
c’est pour les pauvres, ne mélangez pas tout ! N’avez-vous donc rien appris à
mon avantageux contact ?

Marie-Rose : Je peine à
me rendre compte, Maître. Vous savez, avec mes deux mille euros par mois, de
pareilles sommes ça me donne le vertige. Mais bon, que va-t-on devenir ?
Un élu CFE CGC a dit qu’on allait être chocolat.

Maitre Yakafokon
(dissimulant son courroux et faisant mine de ne pas avoir entendu) : Rien d’inquiétant mon amie. Rien d’inquiétant.
Vous connaissez le dicton : « un actionnaire de perdu, dix de
retrouvés ». À nous les fonds de pension américains, peut-être même les
investisseurs chinois, qatari, indiens, russes, que sais-je ? Servons avec
enthousiasme ces nouveaux maîtres exigeants à qui nous réserverons le meilleur
de nous-mêmes. Sacrifions-nous pour leur magnificence, leur gloire, leur
sublimité et leur fortune. Abandonnons-nous au plaisir inégalable de servir et
d’enrichir. Vous verrez, il y a un plaisir orgasmique à se sacrifier pour une
si noble cause.

Marie-Rose : Oui,
peut-être Maître, mais on dit que les fonds de pension américains….

Maitre Yakafokon : Ah ça
alors, vous n’allez pas verser, vous aussi, dans l’anti-américanisme primaire
de bas étage. Auriez-vous oublié tous ces petits gars venus il y a sept
décennies du Kentucky, du Texas ou je ne sais d’où encore mourir sur nos plages normandes pour la victoire du Bien sur le Mal ? Payer aujourd’hui leur retraite n’est qu’un juste et modeste
retour et pour nous un honneur ! Nous ne faillirons pas et honorerons
notre dette perpétuelle comme il se doit.

Marie-Rose : Oui, sans
doute Maître, sans doute, mais nos propres retraites sont plus qu’incertaines
et il faudrait peut-être d’abord penser à….

Maitre Yakafokon : Suffit
Marie-Rose ! Je m’en doutais, je vous attendais là. Vous êtes
indécrottable. Vos raisonnements étriqués me hérissent et me révulsent. Votre égoïsme crasse me donne même de l’urticaire. Que me
chantez-vous là avec « nos » retraites ? Qu’avez-vous donc besoin de
retraite ? Et c’est le CDI par ci, la protection maladie par-là, les
salaires en veux-tu en voilà et en plus il faudrait, passé un certain âge, se
les rouler en glandant devant des feuilletons débiles ou en binant mollement
son jardin et tout ça aux frais de la princesse ? Et quoi encore ?
Oublions ces revendications passéistes, ringardes, archaïques, paléolithiques
même. L’avenir, c’est la souplesse, la mobilité, la flexibilité, la
malléabilité, l’adaptabilité et surtout la pauvreté pour tous. Oui, Marose, la
pauvreté pour tous, voilà vers quoi nous devons tendre avec enthousiasme et
sans regret. La globalisation est à ce prix, le savez-vous ? Nos destins
se jouent à Washington, Londres, Bruxelles, Tel Aviv, Pékin, Moscou… dans les
conseils d’administration des multinationales et des banques et seule notre
docilité pourra peut-être nous assurer le boire et le manger. Enrichissons
l’hyper-classe et ils vous laisseront peut-être de quoi vivre. N’est-ce pas exaltant
ce monde enfin débarrassé des miasmes de l’argent et de l’envie. L’argent est
chose trop sérieuse pour le laisser entre toutes les mains. La pauvreté pour
tous…euh… pour presque tous, n’est-ce pas excitant ? Pour ce qui est de la
retraite et de nos vieux jours, nos bons maîtres ont de grands desseins pour
nous. Je ne peux vous en dire plus mais de prochains projets de loi devraient
venir apporter une solution…euh…radicale à la question. (Maître Yakafokon, un
rictus inquiétant aux lèvres, ne put contenir un ricanement sarcastique
).

Marie-Rose : Arrêtez
Maître, vous me faites peur…

Maitre Yakafokon : Vous
avez raison, je digresse, je m’éloigne, je… Je vois bien que vous n’êtes pas
prête à recevoir la Vérité. Revenons à nos moutons, nos petits moutons bien
gentils et dont vous prétendez prendre tant soin. Demain, des actionnaires
viendront remplacer nos bienfaiteurs et la vie continuera comme avant. Il nous
faudra leur rapporter plus en gagnant moins, sur un marché en décrue et, cerise
sur le gâteau, avec des équipes démotivées. C’est passionnant Marose, la
quadrature du cercle, la recherche du saint Graal, un défi à la hauteur des
hommes d’exception… J’en suis tout fébrile et je veux me montrer digne de pareille aventure.

Marie-Rose : Oui… je
vois… il faudra donc encore tailler dans le réseau, fermer de agences, diminuer
les effectifs, pressurer les salaires, grignoter sou par sou, gonfler encore
les frais des agences, retarder les règlements, provisionner, provisionner et encore provisionner. Pour
ça on ne manque pas de provisions chez Adecco ! Ça sera encore pire que du
temps de la famille Choc… euh… de nos bienfaiteurs. Finalement, c’est vrai ce
qu’ils disent sur leur blog la CFE CGC. Faut reconnaître qu’ils ont toujours
tout dit, tout écrit, tout prévu, tout annoncé. Je sais que ça vous irrite ce blog mais
faut reconnaître quand même…

Maitre Yakafokon (soudain très agacé et
congestionné, au bord de l’apoplexie l’interrompit  brutalement
) : Ah, je vous prie de ne surtout
pas me parler d’eux. Toujours à vouloir défendre les salariés, revendiquer des
salaires plus élevés, des avantages et autres billevesées. Des malades, Marie, des malades vous
dis-je. Ils n’ont rien compris au sens de la grande Histoire dont je vous parle. Heureusement, bien peu de salariés se syndiquent et
nous en avons convaincu un grand nombre que cela ne servait à rien. (rire
nerveux
)

(Puis
se ressaisissant )
J’aurai tout essayé pour vous faire
grandir Marose mais je vois bien que vous ne le pouvez pas. J’en prends acte. J’ai
trop parlé. Oubliez mes propos. Votre sensiblerie, votre empathie comme vous
dites, votre naïveté vous amèneront toujours à voir les choses par le petit
bout de la lorgnette. Ça vous tire vers le bas. Vous ne pouvez penser grand.
Vous êtes petite, petite, petite, petite…
Tant pis belle enfant, vous
avez d’autres charmes, d’autres atouts que je connais, certains autres encore que je devine et qui suffisent,
parait-il, à combler les hommes ordinaires. Allez quand même me faire un café
et surtout gardez cette conversation pour vous.

Marie-Rose (vexée) :
Bien, Maître, avec deux sucres comme d’habitude.

Maitre Yakafokon : Et un
zizou Marose, un zizou.

Demain sur ce blogue :
La CFE CGC refuse de signer le Pacte de responsabilité
Lundi :
Une mutuelle complémentaire santé moins performante

9 Commentaires

  1. … ce matin, vers 8h figurait un article sur une DA de la DO nord qui avait assigné Adecco aux Prud'hommes et qui a obtenu justice… juste retour au regard de ce que l'entreprise lui avait fait subir… pourquoi cet article a disparu une dizaine d'heures après ? C'est pourtant un bon exemple pour montrer que l'entreprise n'a pas tous les droits et qu'a ce titre il y a d'autres solutions que la soumission… et que comme vous le signalez effectivement que vous en aviez fait déjà état en 2009… par avance merci pour votre réponse

  2. Bonjour,

    Aucun article de ce genre n'a été mis en ligne ce jour, je peux le certifier.
    Ceci dit, nous communiquerons bientôt sur une affaire de ce genre, peut-être celle à laquelle vous faites allusion.
    Votre info m'intrigue : aucune autre insertion n'a été faite aujourd'hui que celle de Yakafokon.

  3. L'article faisait état de pressions diverses subit par cette ex DA, qui avait du faire des km pour se rendre a une réunion et qui avait du être hospitalisée d'urgence sous risque de perdre son bébé… l'article donnait également comme info que son indemnité était l'équivalent disons " d'une année du résultat net d'une bonne agence"… il était également cité les dates auxquelles ce blog avait fait état de cette "affaire"… malgré l'heure matinale, j'étais bien réveillée… pour info je consulte tous les jours votre blog parce que sinon, la moitié des infos et de ce qui se passe dans l'entreprise nous serait inaccessible… qqun aurait il piraté le blog… quoiqu'il en soit, cette ancienne DA a obtenu justice, même si la compensation financière est bien peu au regard de ses souffrances passées… autre question pourriez vous nous informer sur les conséquences exactes de la nouvelle loi concernant les cadres et l'assurance chômage… j'ai entendu sur BFM qu'en cas de rupture conventionnelle avec un Chèque de 10 ke, le délai de carence était de 180 jrs !!!! Je sais que la CFE CGC n'a pas ratifié l'accord… mais pour les cadres dont Adecco essaient actuellement de se débarrasser, quelles conséquences ? (Pour info sur certaines DO il y a encore de la réorganisation dans l'air… officieusement pour le moment bien sur et cela ne concerne que peu de personnes… d'où la totale discrétion de l'encadrement sur ce sujet… )

  4. Bonjour à tous,
    Aucun rapport avec l'article mais aujourd'hui un client m'a demandé si le retrait de la holding K va impacter notre garantie financière et quels étaient les potentiels "repreneurs".
    N'étant pas le derniers des rêveurs mais un daf d'un groupe multinational basé dans le nord, j'ai très peur aujourd'hui de perdre ce client, mais du coup j'ai peur aussi pour mon emploi (encore).

  5. Le Roi est mort ! Vive le Roi !

    N'empêche il a quand même de la chance d'avoir une bonne poire comme Marose maître Yakafokon ! En vrai des gens aussi dociles, ça n'existe pas…
    Enfin je sais pas moi !

  6. bonjour à tous,
    je suis la chef d'agence qui a été abimée et salie par mon DG jusqu'à utiliser la mort de mon bébé …j'ai été alertée hier par mail que l'on parlait encore de moi sur ce blog…mon histoire n'est toujours pas terminée…mon DR a même payé et soldé les factures des avocats de mes équipes pour qu'elles déposent plainte en pénal…et ceci afin de disposer de pièces complémentaires pour les prud'hommes…j'ai les dépositions de la gendarmerie qui attestent mes propos…car je sais que ce monsieur se servira de ce mail, de ce blog pour m'atteindre de nouveau, mais utiliser le décès de mon fils ne peut être pire pour moi…je tiens à remercier Arnaud et jean pour leur aide durant ces 5 ans et pour info ! bien entendu j'ai gagné en pénal…juste pour vous faire rire…Votre DR, Mon ancien DR ne savait pas que j'avais un dossier en pénal et que j'avais gagné en décembre dernier !!! incroyable il paie des factures sans vérifier le contenu ! vous imaginez la gestion du groupe !!! ça fait peur !

    vous pouvez me joindre sur mon portable (passer par le blog) si vous souhaitez des infos..au cas ou il recommencerait le même scénario !

  7. Pour quelqu'un qui a des oursins dans les poches, il y a des sujets avec lesquels il ne lésine pas !
    Si PL pouvait mettre la moitié de cette énergie à rendre ses salariés satisfaits…

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