Chaque année, depuis six ans, le groupe Adecco demande aux salariés et clients de courir, pédaler ou nager, tantôt pour l’emploi, tantôt « contre l’exclusion des jeunes ». De quel problème d’exclusion est-il question ? En direction de quel public ? Nous n’en saurons rien.
L’opération internationale s’appelle Win4Youth, supposée conjuguer sport et solidarité – deux leviers particulièrement « porteurs » -, consiste à avaler, le temps de l’opération, le plus grand nombre possible de kilomètres, étant entendu qu’à chaque kilomètre parcouru correspond une somme reversée par l’entreprise à huit associations, inconnues du plus grand nombre et que nos sportifs pour l’occasion seraient bien en peine de citer.
Nous allons quand même les énumérer pour qu’au moins une fois nos athlètes prennent connaissance du nom des bénéficiaires de leurs suées. Pour l’Australie, la Foundation for Young Australian ; Belgique, Beyond the Moon (après la Belgique francophone et néerlandophone, voici la Belgique anglophone) ; Brésil, Projeto Saude & Alegria ; Bulgarie, Teach for Bulgaria ; Cambodge, Hope for Justice ; Colombie, Fundacion Lupines ; Grèce, SOS Villages d’enfants ; Amérique du Nord, Tomorrow’s Childen Fund. Pour cette dernière, nous ne saurons même pas s’il s’agit des États-Unis, du Canada ou du Mexique.
L’objet de ces associations vaut parfois son pesant de kilomètres en petites foulées, telle la Foundation for Young Australian qui, loin de s’inquiéter du bien-être des kangourous, ne propose rien moins que de « développer les compétences et soutenir les jeunes aborigènes au lycée.
Le programme vise à maintenir un niveau de présence à l’école supérieur à
85% et à créer une nouvelle génération de leaders aborigènes
« . Bon, voici donc la cause urgente du moment…
La Teach for Bulgaria se fixe le noble objectif de préparer et encourager « des jeunes ambitieux ayant les compétences pour devenir des professeurs et des leaders charismatiques« . Mazette, quand ils trouveront la recette, nous on est preneur.
Inutile de décliner l’ensemble des objets affichés de ces associations bénéficiaires de Win4Youth mais observons quand même que pour ce qui est de la France, rien n’est prévu et les jeunes pourront toujours attendre les versions Win5Youth, Win6Youth ou ultérieures avant de percevoir l’aide de nos athlètes d’un jour. Peut-être nos jeunes ne rencontrent-ils aucun problème d’insertion. Allez savoir !
Autre aspect, un peu embarrassant celui-là, c’est l’absence totale d’information sur les montants comptabilisés et versés auxdites associations. Quels sont les contributions unitaires pour les kilomètres parcourus à pied, à vélo, en nageant ? A quelles sommes cumulées aboutit-on ? Quelles sont précisément les aides versées aux associations retenues et selon quelle ventilation ? Une communication minimale sur le sujet nous semble indispensable pour éviter de mauvaises suspicions. Vous savez comment sont les gens !
Revenons à nos sportifs. A l’issue des épreuves, le bénévole fourbu devra encore trouver l’énergie de reporter ses kilomètres parcourus sur le site internet dédié, entièrement en américain, ou sur une application mobile. Quant au client se prêtant à cette opération, il pourra se faire remettre l’indispensable Win4Form, capteur de mouvements destiné à comptabiliser sa contribution à Win4Youth. Passé l’épreuve, il pourra toujours essayer d’en tirer quelques piécettes en le livrant à la convoitise des adeptes du « Bon Coin ».
Loin de nous l’idée de critiquer cette opération, même si l’on est en droit, individuellement, de ne goûter que très modérément les élans grégaires, mais, franchement, est-ce bien là  notre priorité ? Dans un marché difficile, ultra-concurrentiel, avec des conditions de travail de plus en plus  pénibles, des équipes fatiguées et parfois découragées, des salaire gelés et même congelés, voire surgelés depuis si longtemps, n’a-t-on rien de mieux à proposer aux salariés que ces mobilisations américano-moutonnières ?

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