Et de trois ! Après Nathalie Arthaud et François Fillon,
c’est au tour d’Emmanuel Macron de nous adresser ses réponses aux sept
questions posées par la CFE-CGC aux candidats à l’élection
présidentielle 2017.  

Nous publions ci-dessous le texte intégral envoyé par le fondateur du mouvement En Marche !


QUESTION 1 : Comment réconcilier l’économie de marché avec l’intérêt général de notre pays ?

Emmanuel MACRON : Notre projet vise à mettre notre
économie au service de l’emploi et du pouvoir d’achat des Français. Il
est aussi celui du travail comme moyen d’émancipation de nos
concitoyens.

Cinq axes guideront donc notre action pour réconcilier l’économie de marché avec l’intérêt général de notre pays.

Certains
développements du capitalisme financier ont conduit à privilégier les
intérêts à court terme des actionnaires volatils aux stratégies de long
terme. C’est une folie économique, mais c’est surtout un suicide
industriel et cela conduit donc à des pertes d’emploi.

D’abord,
pour réconcilier l’économie de marché avec l’intérêt général de notre
pays, il faudra construire un environnement économique et financier
propice, retrouver le sens du long terme, financer l’économie réelle,
réindustrialiser notre pays. C’est l’essence de notre projet pour
l’industrie.

Il nous faut ensuite renouer avec les fondamentaux
de l’économie de marché, qui restent trop oubliés en France : le profit
doit être une juste récompense du risque pris. A ce titre, nous
rappelons notre engagement clair dans la lutte contre la rente et contre
les monopoles. La loi pour la croissance et l’activité a permis de s’y
attaquer – par exemple au travers du développement du transport en
autocar, de l’autorisation du prêt inter-entreprises (contre le monopole
bancaire). Notre proposition de remboursement intégral des lunettes,
des prothèses dentaires et des appareils auditifs se fera aussi grâce à
une mise en concurrence plus importante entre les mutuelles.

Réconcilier
l’économie de marché avec l’intérêt général, c’est aussi renforcer les
protections des Français dans un environnement de mutations rapides où
la capacité d’adaptation est clef. A cette fin, notre priorité sera la
formation.

• Pour ceux qui sont déjà sur le marché du travail, nous irons
beaucoup plus loin que les plans gouvernementaux successifs qui ont
envoyé des dizaines de milliers de chômeurs dans des formations dont la
qualité devra être évaluée. Nous prévoyons un plan d’investissement
massif dès le début du mandat pour proposer, sur trois ans, à un million
des demandeurs peu ou pas qualifiés, des formations débouchant sur des
qualifications menant à l’emploi.


• De même, ce plan d’investissement s’attaquera à la lutte contre les
conséquences du décrochage scolaire, avec notamment la formation d’un
million de jeunes peu qualifiés éloignés


de l’emploi et l’extension de la garantie jeunes qui a fait ses
preuves pour aider des jeunes en difficulté à trouver une formation ou
un emploi et s’insérer durablement dans la vie professionnelle.


• Quant aux salariés peu qualifiés, la réforme d’ampleur du CPA leur
donnera de véritables moyens pour accéder à un accompagnement et une
formation de qualité, librement choisis. Ils ne seront plus tributaires
d’un écheveau complexe d’acteurs et de circuits financiers.

Enfin,
nous soutiendrons le développement de l’économie sociale et solidaire
où l’efficacité économique et les finalités sociales et sociétales se
retrouvent dans un seul et même projet entrepreneurial. Nous le ferons à
travers trois axes.

1 – Libérer l’énergie des entreprises de l’ESS, en veillant à ce
qu’elles profitent des dispositifs de droit commun. La transformation du
CICE et du CTIS en allègements de charges sera une première
concrétisation de cet objectif. Nous mobiliserons aussi la commande
publique et en faciliterons l’accès à l’ESS dans une logique d’État
exemplaire et responsable. Enfin, nous maintiendrons les avantages
fiscaux du mécénat sur la durée du quinquennat.


2 – Encourager l’innovation sociale, par exemple avec la création
d’un Accélérateur national d’innovation sociale, axé sur les grands
défis de notre société, finançant à hauteur de plusieurs centaines de
millions d’euros par an des solutions innovantes.


3 – Encourager la finance solidaire, en obligeant les assureurs à
proposer au sein des contrats multi-supports au moins une unité de
compte solidaire.




QUESTION 2 :  Le relèvement de l’âge d’ouverture des droits à
la retraite est fréquemment évoqué comme mesure pour restaurer et
pérenniser l’équilibre de nos régimes de retraite. Considérez-vous cette
mesure comme pertinente ? Proposez-vous d’autres mesures permettant
d’atteindre le même objectif ?


Emmanuel MACRON : En matière de retraites, nous
engagerons une réforme systémique, qui vise à mettre en place un système
universel de retraite, tout en restant par répartition. L’âge légal
restera à 62 ans pendant le quinquennat, car la situation financière de
nos régimes de retraite, grâce aux réformes passées, est aujourd’hui
proche de l’équilibre et ne justifie pas de nouveaux efforts dans
l’immédiat. L’enjeu, en revanche, est de rétablir la confiance des plus
jeunes et d’unifier les règles. C’est pourquoi il est important d’aller
vers un système où les règles soient plus simples et les mêmes pour
tous, tout en conservant bien sûr la part de solidarité pour ceux qui
n’acquièrent pas assez de droits par leur travail, pour les chômeurs ou
les personnes qui ont élevé des enfants par exemple, ou encore ceux qui
ont commencé jeunes ou ont eu des métiers pénibles.




QUESTION 3 :  Pouvons-nous, en France, tirer profit de la 4e
révolution industrielle sans l’expression des intérêts convergents et
contradictoires issue de l’exercice du dialogue social ?


Emmanuel MACRON : Les innovations majeures, comme
l’accélération de la robotisation aujourd’hui ou l’invention de la
machine à vapeur hier, bouleversent l’organisation de l’économie. Un
certain nombre de rapports récents (France Stratégie, OCDE) ont mis en
évidence les risques mais aussi les potentialités que recèlent ces
évolutions. Cela fait inévitablement des perdants à court terme, qui
peuvent, par exemple, perdre leur emploi si leur tâche est fortement
automatisable.


La responsabilité de la puissance publique n’est pas d’empêcher ces
mutations, mais de les accompagner ; le but étant de protéger les
personnes et non les emplois. Cela devra s’effectuer par une refonte de
notre système de formation continue et par le soutien à la mobilité pour
faciliter les transitions professionnelles. Cela doit également
conduire à une meilleure prise en compte des modifications qu’engendre
le numérique sur les conditions de travail.


Les organisations syndicales, par leur rôle central dans la vie
quotidienne des salariés et leur connaissance de la réalité du terrain,
seront étroitement associées à ces réformes. De ce fait, nous


souhaitons donner plus de place à la négociation de branche et
d’entreprise en repensant, dans la concertation avec les partenaires
sociaux, ce qui ressort des normes impératives et des normes


supplétives de notre droit du travail. Ce développement de la
négociation collective au plus près du terrain va de pair avec un
renforcement des partenaires sociaux dans les entreprises et dans les
branches.




QUESTION 4 :  Quel avenir pour le statut de la Fonction
publique, en y intégrant les contractuels de plus en plus nombreux dans
le périmètre du secteur public ?


Emmanuel MACRON : Nous ne remettrons pas en cause le statut de la fonction publique mais voulons nous attaquer à ses rigidités.

Nous souhaitons ouvrir le service public par le recrutement sur
contrat dans certaines fonctions, notamment d’encadrement et
d’expertise, pour attirer des professionnels d’expérience et d’horizons
variés, issus de l’entreprise ou du secteur associatif. Nous ne doutons
pas une seconde de la qualité de celles et ceux qui servent la sphère
publique, mais celle-ci a besoin de s’ouvrir à d’autres talents et
d’autres expériences. Les organisations inventives sont celles qui
savent accueillir en leur sein des hommes et des femmes dont les
parcours et les regards sont divers.


Nous souhaitons également donner davantage de souplesse aux parcours
dans la fonction publique en développant les passerelles au sein de
filières professionnelles, y compris au niveau inter-fonctions
publiques, en redonnant des perspectives d’évolution de carrière à tous
et en réorientant la politique de rémunération ? de manière à ce qu’elle
soit davantage un levier de politique de ressources humaines, adapté à
nos besoins d’attractivité, de fidélisation mais aussi de reconnaissance
plus juste des mérites des agents.




QUESTION 5 – Comment construire un droit à la formation spécifique pour la population « encadrants et experts » ?

Emmanuel MACRON : Le système de formation doit être
entièrement réformé. A l’heure actuelle, l’accès à la formation est un
parcours d’obstacles, et les choix sont souvent limités à des listes de
formations qui ne correspondent pas toujours aux aspirations
individuelles, ni aux besoins du marché du travail. On ne connaît pas la
qualité ni les débouchés des formations proposées.


Pour cela, la majeure partie des contributions actuelles des
entreprises pour la formation sera progressivement convertie en droits
individuels pour les actifs. Chacun pourra s’adresser directement aux
prestataires de formation, selon ses besoins. Le système sera simple.


Chacun disposera d’une information complète sur les résultats
concrets de chaque formation en termes de qualité et de retours à
l’emploi, car tous les organismes seront obligés de se soumettre à une
labellisation et d’afficher leurs performances : plus personne ne
s’engagera dans une formation sans savoir à quoi elle mène ni quelle est
sa qualité. Le système sera transparent.


Les encadrants et experts bénéficieront directement de cette
personnalisation de la formation professionnelle. Bien évidemment, il
faudra aussi qu’une part plus grande des ressources de la formation
professionnelle serve à la formation des salariés peu qualifiés, qui en
bénéficient peu aujourd’hui. Mais dans la mesure où le système sera plus
efficace et plus transparent, les cadres y gagneront aussi.




QUESTION 6 : Quelle est votre position concernant le principe
de « conditionnalité sociale » dans les accords de libre-échange ? Que
pensez-vous de l’élévation du Socle social européen comme levier pour
favoriser l’adhésion au projet européen ?


Emmanuel MACRON : Le développement du libre-échange à
l’échelle mondiale doit être mieux régulé, mais l’ouverture économique
doit être poursuivie. Nous serons notamment très attentifs, dans le
cadre des négociations internationales, aux conditions de réciprocité et
à la protection contre le dumping social et environnemental. Comme
ministre, j’ai par exemple oeuvré pour un renforcement des mesures
européennes contre le dumping chinois et russe dans le secteur de
l’acier. Des résultats clairs ont été obtenus (accroissement du nombre
de procédures anti-dumping, augmentation du niveau des droits à environ
20%, collecte rétroactive de ces droits, changement de la méthode de
calcul des droits antidumping pour se rapprocher de la méthode
américaine plus protectrice et accélération des procédures).


Nous partageons l’ambition de convergence économique portée dans le «
Rapport des 5 Présidents » de juin 2015, notamment lorsqu’ils appellent
à une convergence macro-économique plus rigoureuse des États membres de
la zone euro, quand ils mettent l’accent sur l’emploi, proposent de
doter la zone euro d’une capacité budgétaire ou réclament un contrôle
démocratique plus poussé des décisions.


Nous insistons dans le programme sur deux priorités claires.

• D’une part, il nous faut élargir le socle de droits sociaux
européens, pour y inclure des standards minimums en matière de droits à
la formation, de couverture santé, d’assurance chômage ou de salaire
minimum. Un premier pas important a été franchi avec la création d’un
salaire minimum outre-Rhin. Nous devons renforcer cette dynamique de
convergence, et nous nous engageons à en être moteur.


• D’autre part, il nous faut engager un mouvement de convergence
sociale et fiscale, pour éviter le dumping qui a encore lieu
aujourd’hui, au sein même de la zone euro. C’est la raison pour laquelle
la suppression des pratiques de dumping (comme certaines législations
fiscales déloyales) devra être une condition d’accès au budget de la
zone euro que nous proposons.


La lutte contre le dumping social doit aussi passer par un
renforcement de la lutte contre les fraudes en matière de travail
détaché, et une révision rapide de la directive :


– Si la France reçoit beaucoup de travailleurs détachés (300 000),
elle en détache beaucoup également (200 000, soit le 3ème pays de l’UE
en matière de détachement), notamment dans les services et dans
l’industrie. Le problème principal que pose le détachement est la fraude
sur les classifications ou les horaires de travail.


– Les outils de lutte contre la fraude ont été récemment renforcés,
notamment via la loi pour la croissance, l’activité et l’égalité des
chances économiques (« loi Macron »).


Ainsi, depuis le 22 mars dernier, les salariés du bâtiment vont
disposer progressivement d’une carte d’identité spécifique permettant de
vérifier leur statut. Les contrôles se sont multipliés et atteignent 1
500 par mois actuellement. Il faut maintenir cette pression, accentuer
encore les contrôles, notamment le soir et le week-end, et faire
appliquer les sanctions.


– Au niveau européen, la France doit défendre la révision rapide de
la directive sur le détachement, afin de faire respecter le principe « à
travail égal, salaire égal » dans toutes la chaine de sous-traitance,
et de plafonner à un an au maximum la durée du détachement autorisé.




QUESTION  7 : Quelles mesures envisagez-vous afin de
développer l’égalité des chances des personnes en situation de handicap
dans leur cursus scolaire, universitaire et pour leur accès à un emploi
de cadre ou technicien ?


Emmanuel MACRON : La persistance d’un taux de
chômage des personnes handicapées, deux fois supérieur à celui de la
population ordinaire, est inacceptable. Les obstacles à l’emploi des
personnes en situation de handicap sont cependant moindres que ce que
l’on croit souvent. Tout doit être mis en oeuvre pour remédier à ce
sur-chômage, notamment en accompagnant davantage les intéressés dans
l’emploi et en leur apportant un soutien sur les lieux de travail.


Il nous faut favoriser la scolarisation de jeunes en situation de handicap. Il
est inacceptable que plus de 10 000 jeunes se trouvent aujourd’hui
privés de toute solution à leur problème de handicap, et que certaines
familles en viennent à rechercher des solutions en dehors de nos
frontières. Nous renforcerons les moyens existants, et, notamment, nous
donnerons accès à un(e) auxiliaire de vie scolaire à tous les enfants en
situation de handicap qui en ont besoin pour avoir une scolarité comme
les autres.


Aussi, nous améliorerons la vie des personnes handicapées autour de
l’école, par exemple en assurant une meilleure accessibilité des
activités de loisirs périscolaires, en organisant des séjours de
vacances dédiés ou mixtes.


Nous devons également lever les obstacles à l’emploi. Le
premier de ces obstacles est le manque de formation. Nous renforcerons
donc les droits à la formation des personnes en situation de handicap et
développerons la formation par alternance, en fixant un objectif
d’accès de 6% de stagiaires en situation de handicap aux organismes de
formation.


Le second obstacle, ce sont les préjugés. Nous ferons de la lutte
contre la discrimination une priorité nationale, en organisant des
opérations de contrôles aléatoires à grande échelle pour que
l’obligation légale soit respectée. Nous encouragerons aussi toutes les
actions de sensibilisation dans les administrations et les grandes
entreprises publiques.


Il faut enfin soutenir l’emploi durable. Les
établissements et services d’aide par le travail (ESAT) et les
entreprises adaptées (EA) consentent un effort important pour adapter
leur production aux besoins de leurs donneurs d’ordre. Nous devons
améliorer les procédures d’accès aux marchés publics pour ce secteur
dynamique et créatif.


Nous renforcerons la création de postes pour apporter une réponse à
tous ceux qui attendent de travailler dans une EA ou un ESAT.


Nous développerons l’accompagnement dans le travail pour les
personnes qui en ont besoin, notamment celles qui se trouvent en
situation de handicap psychique : elles bénéficieront par le dispositif «
emploi accompagné » d’un accompagnement médico-social dans la durée
pour pouvoir s’insérer et se maintenir dans l’emploi en milieu ordinaire
de travail.

Source : site confédéral CFE-CGC

3 Commentaires

  1. Merci pour cette publication. De toutes façons, la politique, c'est la politique.
    Adecco a su faire le beau devant tous les politiciens, ça il n'y a pas de problèmes.
    Par contre dans la vraie vie? Adecco? Y fait quoi?

  2. Je profite de ce dernier article pour afficher ma surprise de voir le nombre de personnes sur les réseaux professionnels, viadeo et linkedin, qui ont quitté le navire Adecco.
    Il y a quelques mois je soutenais avec convictions un allègement de la voilure, on me disait que non…
    Alors? Un commentaire?

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