L’information avait de quoi émoustiller le journaliste lambda. La révélation publique d’une liste cachée prévoyant avec une précision glaçante, jusqu’à un an à l’avance, des ruptures conventionnelles et des licenciements pour lesquels n’existent évidemment pas encore le consentement pour les unes et le motif pour les autres, voilà qui devait logiquement captiver un lectorat toujours avide de révélations sur des combines plus ou moins délictueuses. Pour notre part, nous avons tout dit sur le sujet, notamment dans nos articles « Adecco au cœur d’un immense scandale« , « Un CSE central sous haute tension » et « Liste noire : des preuves accablantes« . Très curieusement, aucun titre de la « grande » presse n’a jugé bon de reprendre l’information, véritable pavé dans la mare, lancée par le quotidien L’Humanité. L’affiliation politique dudit journal explique à l’évidence, tout au moins en grande partie, cette omerta surprenante de la classe médiatique et on peut le comprendre.mais est-ce vraiment la seule explication ? D’autant que ces derniers jours, les grands médias ne semblent pas avares de leur encre pour s’épancher sur les déboires d’Adecco et notamment sur une affaire vieille d’une vingtaine d’années, une génération, relative à une discrimination ethnique à l’embauche. Plus récemment encore, sur une affaire prudhommale concernant une inégalité de traitement entre intérimaires Adecco et permanents d’un grand hôtel parisien.

 

Alors, pourquoi ce silence sur le scandale de la liste prévisionnelle de licenciements constituant un délit d’entrave aux procédures collectives légales,  notamment le Plan de sauvegarde de l’emploi ou la rupture conventionnelle collective ? D’où provient cette censure unanime ? Y-aurait-il eu des consignes à haut niveau – suivez mon regard – ou s’agit-il d’une autocensure bien rodée qui fait qu’il n’est même plus nécessaire de rappeler la règle ? Certains sujets font la une de tous les titres de presse et d’autres sont totalement occultés, sans la moindre exception. Étrange, non ?

L’explication n’est pas bien compliquée pour qui s’intéresse un peu à la presse et aux médias. Il y a des sujets porteurs, encouragés par ceux qui font l’opinion et d’autres qui dérangent. C’est aussi simple que cela. Et par ailleurs, en application du dicton affirmant qu’on ne mord pas la main qui nourrit, les médias entièrement aux mains de quelques milliardaires et groupes industriels d’envergure mondiale n’ont aucune envie de s’en prendre à d’autres groupes transnationaux plus ou moins proches des allées du pouvoir et avec lesquels ils ont des intérêts liés.

Et puis, pour conclure, bien se dire que s’en prendre à cette pratique de listes cachées (existant dans toutes les grandes entreprises), c’est s’en prendre aux licenciements et réductions d’effectifs. De là, le lecteur moyen, moyennement pourvu neuronalement parlant, en viendrait à s’interroger sur les causes de tous ces licenciements et réductions d’effectifs. Puis dans son cheminement, il pourrait établir un lien entre la situation de l’emploi en général et la folle politique menée depuis trop longtemps. Nous n’avons pas à développer davantage ici mais ceci pourrait bien expliquer cela. D’où le silence prudent des médias.

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