L’analyse suivante proposée par notre confédération CFE-CGC nous semble frappée au coin du bon sens et nous l’espérons partagée par la direction…

Et si les dirigeants d’entreprise tiraient les bonnes leçons de la crise ? En revalorisant les salaires, par exemple. 

Alors que les campagnes de négociations collectives démarrent, la question de la revalorisation des salaires s’invite au débat de rentrée. Les entreprises ont, dans leur ensemble, amplement profité du « quoi qu’il en coûte ». Elles ont réussi à préserver leur profitabilité, en atteste le fort redressement de leurs marges. Dans la foulée, les dividendes sont repartis à la hausse. L’investisseur Janus Henderson constate qu’en Europe « la France et l’Espagne ont mené le rebond », avec des « dividendes français qui affichent une croissance de +199,6 % par rapport à l’année dernière ».

Les rémunérations des dirigeants enregistrent elles aussi un fort rebond : le baromètre de l’Hebdo des AG sorti cet été observe qu’après une inflexion en 2020, ces dernières dépassent désormais largement celles constatées en 2019. Elles sont en hausse de 10 % en moyenne pour le CAC 40 et les petites sociétés, et de 43 % pour celles du Next 80 !

Un tel panorama pose donc légitimement la question du sort des salariés. Quelle va être leur part dans ce monde d’après qui s’esquisse ? La campagne présidentielle approchant, le gouvernement a redit que « le travail doit payer » ! Un message sans équivoque appelant les chefs d’entreprise à augmenter les salaires, au nom d’un juste retour de la part des entreprises au « quoi qu’il en coûte ».

Chacun doit prendre sa part dans la relance, pourrait-on lire en message subliminal, car la question essentielle du monde d’après Covid est bien celle de la répartition du partage de la valeur. C’est l’élément structurant de notre économie, tant à l’échelle de la politique nationale de redistribution qu’à celle des entreprises et de leurs 18,7 millions de salariés.

LA CFE-CGC MILITE POUR UN JUSTE RÉÉQUILIBRAGE DU PARTAGE DE LA VALEUR AJOUTÉE

La CFE-CGC milite pour un juste rééquilibrage du partage de la valeur ajoutée, équilibre indispensable à la cohésion sociale, ciment de notre « vivre ensemble » et de notre démocratie. Les cadres et les salariés de l’encadrement sont au cœur du collectif social, ce qui leur confère une place de vigie mais aussi d’acteurs – sans en maîtriser tous les paramètres – du maintien de cette cohésion sociale. Or, ce qu’ils observent depuis de nombreuses années, c’est une déformation du partage de la valeur ajoutée au profit de la part des actionnaires dans le revenu global.

Toutes les observations de terrain de nos adhérents et militants sont confirmées par les chiffres de la Banque de France : « La part des actionnaires dans le revenu global, écrit l’institution qui consolide le bilan des entreprises, est passée de 5,2 % en 1997 à 15,2 % en 2019. » Dans le même temps, « le poids des charges de personnel dans le revenu global est passé de 59,3 % à 54,9 % ». Pendant que la part des actionnaires triplait, celle des salariés reculait de 5 points !

Une déformation d’autant plus inquiétante qu’en toile de fond, l’évolution salariale sur une longue période se révèle moins favorable aux cadres et professions intermédiaires qu’aux autres catégories. Depuis 2013, « les salaires des cadres progressent à un rythme moindre que ceux des employés et des ouvriers », constate l’Insee dans son Focus sur les salaires d’avril 2021. Et ce, contrairement aux idées reçues.

À ces différents combustibles propices à l’expression d’une tension sociale, est venue s’ajouter une inflation frémissante. Avec la hausse annoncée du SMIC début octobre, traduction automatique de l’application du Code du travail en la matière, l’inflation nous rappelle son rôle dans la revalorisation salariale. Et ce, avant même de tenir compte de la différence entre inflation calculée et inflation perçue, fraîchement mise en évidence par France Stratégie.

PACTE DE PROGRESSION SALARIALE ET ATTRACTIVITÉ DE L’ENTREPRISE

Le poids des dépenses pré-engagées (c’est-à-dire celles engagées par contrat, difficilement renégociables à court terme et faisant souvent l’objet d’un débit automatique : loyers, emprunts, assurances, abonnements box, etc.) « a augmenté de cinq points depuis 2001, passant de 27 % à 32 % », écrit France Stratégie. Marqueur de ces dépenses pré-engagées, le crédit immobilier est certainement le plus emblématique avec ce chiffre éloquent : les emprunteurs d’aujourd’hui consacrent 2 années de salaires supplémentaires à l’achat d’un logement que ceux d’il y a 15 ans, lit-on dans une étude de l’ACPR (une émanation de la Banque de France) sur le financement de l’habitat.

Au moment où commence l’histoire du monde d’après, il est donc l’heure pour les dirigeants d’entreprise de donner de la perspective aux salariés. De leur octroyer une revalorisation digne de la place que l’entreprise ambitionne pour eux. De conclure avec eux un véritable pacte de progression salariale qui leur donne envie de s’investir. Autant d’éléments qui redonnent sens et attractivité à l’entreprise. Celle-ci en a plus que besoin !

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