Au cours du Comité social et économique central (CSEC) de mardi dernier, le 10 mars, vos élus ont eu à se prononcer sur “les orientations stratégiques de 2026”, par le très classique processus d’information-consultation prévu par la législation. Leur réflexion et position s’appuyait sur un copieux rapport d’analyse de 104 pages du cabinet d’expertise-comptable Syndex. Un honnête travail qui ne peut toutefois se comparer aux travaux, à la finesse d’analyse et aux fulgurances de notre précédent expert du cabinet Secafi. Mais ainsi en ont décidé une majorité d’élus que cet honorable travail semble combler.
Selon un rituel et les exigences de l’exercice, les élus ont voté à l’unanimité une motion critique à l’encontre de ces orientations stratégiques, à l’optimisme un peu forcé et de toute façon bien trop lacunaires. Par exemple, la croissance de 10% de notre activité cette année apparait à tous, expert comme élus, parfaitement déconnectée du réel et des prévisions connues à ce jour. Sans parler des graves incertitudes géopolitique sur lesquelles il ne semble pas nécessaire d’insister…
L’évolution des métiers au sein des agences, la densification souhaitée des portefeuilles-clients et la haute pression mise sur les HAN ne peut justifier un objectif de +10% sur un marché évalué aujourd’hui à -3,26%, même si à -1,66% Adecco performe, essentiellement grâce à Onsite. Pour notre expert, cet objectif s’avère tout simplement “ambitieux et difficilement réalisable”.
Un glissement rapide vers les “tout-IA”
Que l’entreprise mette le cap vers le tout-IA, rien de surprenant et nous l’avons suffisamment annoncé sur ce site mais en revanche tout se déroule sans le moindre respect des instances de représentation du personnel et en décalage sévère avec les obligations légales élémentaires.
La motion votée dénonce précisément une information du CSEC non adaptée à la complexité du plan stratégique, l’absence de transparence sur le calendrier de déploiement et notamment des dates de début et de fin de la phase pilote et de généralisation. Les partenariats et tests se font en catimini et les élus se retrouvent le plus souvent mis devant le fait accompli. Cela s’appelle des délits d’entrave et, de plus, les élus n’ont pas vocation à servir de voiture-balai des réorganisations de l’entreprise.
Sans parler de l’absence totale de mesure de l’impact environnemental d’une généralisation de l’intelligence artificielle dont on connait la boulimie d’énergie. De plus et pour rappel, la législation impose depuis 2022 d’évoquer cet impact dans ses orientations stratégiques. Cela fait beaucoup…
Les risques psychosociaux ? Connais pas…
Les élus s’inquiètent, à juste titre même si cela vient tardivement, de l’impact de l’IA sur l’emploi. Un sujet qui nous tient à cœur et que nous avons évoqué ici depuis longtemps. Ils réclament des informations sur le sujet et un débat au sein de l’instance elle-même. Une plus grande transparence aussi sur l’accroissement des délocalisations, notamment au Maroc mais pas seulement.
Aucun débat non plus, à ce jour, sur les impacts économiques, les conditions de travail, la santé, l’éthique, la sauvegarde des savoirs et ne parlons même pas de la RGPD, aujourd’hui aux abonnés absents…
Des élus doivent siéger à un comité d’éthique concernant l’intelligence artificielle
La mise en œuvre d’outils liés à l’IA interroge déjà sur les conséquences de ce qui n’apparait nullement comme une évolution technologique mais plutôt comme une révolution sans précédent des modes de production et des conditions de travail. Avec des conséquences évidentes, bien que ridiculement démenties un certain temps, sur les effectifs et les salaires.
Les élus réclament avec force un bilan annuel auprès du CSE Central sur la mise en œuvre de la GEPPMM (Gestion des Emplois et des Parcours Professionnels, et sur la Mixité des Métiers), notamment suite à l’allongement récent (et prévisible) de la liste des emplois dits sensibles, appelés à disparaitre d’une manière ou d’une autre. Quid du plan de formation dédié, d’un vrai reclassement interne et même d’un parcours de mobilité interne, du reclassement en général ?
Beaucoup de questions à ce jour et bien peu de réponses mais vous savez pouvoir compter sur vos élus CFE-CGC, bien décidés à demeurer aux avant-postes de l’information et de la défense des salariés, notamment cadres.



