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A l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, ce dimanche 8 mars, Frédérique Picard Le Bihan, fondatrice de DareWomen, rappelle que le sexisme au travail reste largement répandu dans les entreprises en France. Il se manifeste souvent de manière discrète à travers des phrases malhabiles qui sapent la confiance en soi des femmes. On fait le point.

Près de huit femmes salariées sur dix (77 %) déclarent être régulièrement confrontées à des propos sexistes au travail, d’après le Baromètre sur le sexisme dit « ordinaire » au travail, publié en avril 2025 par l’Association française des managers de la diversité (AFMD). Il existe notamment deux types de phrases qui sabotent la carrière des femmes : celles qu’elles se disent à elles-mêmes (en raison de freins mentaux internes limitants) et celles que les autres leur imposent (en raison d’un climat sexiste ambiant). Les femmes portent en elles « des biais d’auto-évaluation très durs vis-à-vis d’elles-mêmes, tandis que les autres, eux, ont des stéréotypes en tête qui les empêchent de les considérer objectivement« , explique Frédérique Picard Le Bihan, fondatrice de DareWomen, réseau professionnel pour la réussite des femmes.

Baromètre sexisme au travail 2025

Chiffres du « Baromètre sur le sexisme ordinaire au travail », publié en avril 2025. Crédit : Association française des managers de la diversité (AFMD).

1. « Je ne suis pas prête », « peut-être plus tard »

Les femmes se confrontent souvent au syndrome de l’imposteur. Elles ne se sentent jamais suffisamment légitimes ou compétentes pour occuper un poste. Et ce, même quand on leur propose ! Les femmes mettent le curseur de l’exigence (trop) haut, contrairement aux hommes. Elles pensent avoir plus de choses à prouver que leurs homologues masculins et ne s’autorisent pas l’erreur ou l’échec. C’est pourtant dans l’action qu’on progresse. Il faut se lancer sans se sentir prêt à 100 %. Ce phénomène est aussi le reflet de leur syndrome de la bonne élève. L’école récompense les bons résultats, la conformité et le fait d’être sage et souriante. Mais le monde du travail, lui, récompense d’autres postures comme la capacité à faire preuve de leadership, l’audace, le courage managérial, etc. « Les femmes n’osent pas déplaire, elles ont peur d’être sévèrement jugées. Elles adoptent donc une stratégie de sécurité », dit-elle.

2. « Je suis désolée », « excusez-moi »

Les femmes ont également tendance à s’excuser (trop) souvent et à mauvais escient. L’idée n’est pas de faire preuve d’arrogance en ne reconnaissant jamais ses torts, mais d’utiliser des formules comme « Je suis désolée » ou « Excusez-moi » avec parcimonie. Par exemple, si une femme annule une réunion, elle peut en informer les participants sans pour autant se justifier. « Elles ne doivent pas affaiblir leur posture ou culpabiliser de prendre certaines décisions professionnelles. Elles doivent les assumer », souligne-t-elle.

3. « Je voulais « juste » dire », « Je ne suis pas experte, mais »

Dans leur prise de parole, les femmes ont tendance à minimiser leurs expertises et leurs réalisations professionnelles. Elles ajoutent au détour d’une phrase des termes comme « juste », « petit », « c’est rien », etc. « Je voulais juste dire que », « J’ai mené un petit projet » ou encore « Avec plaisir, ce n’est rien ». Or, il est important, selon Frédérique Picard Le Bihan, que les femmes sachent mettre fièrement leur travail en avant en retirant ces formulations qui instillent le doute dans leur professionnalisme. Elles doivent aussi employer davantage le « je » : « J’ai piloté ce projet » et pas « Avec mon équipe, nous avons piloté ce projet. »

4. « C’est une bonne présentation… pour une femme »

Parmi les phrases formulées par autrui, il en existe de nombreuses sexistes visant à déstabiliser les femmes au travail. Elles peuvent aller de : « C’est une bonne présentation… pour une femme » à « Tu es sûre que tu veux prendre la responsabilité de ce nouveau projet… avec tes enfants ? ». Sous couvert de bienveillance, ces petites phrases finissent par saper la confiance en soi des femmes. C’est une manière dissimulée de remettre en question leur capacité à s’organiser et à mener de front toutes leurs missions. Quand une tâche est évoquée, elles peuvent répondre : « Je m’en charge » et pas « Je vais essayer. » Les femmes « ne doivent pas redouter de passer pour trop sûres d’elles ou ambitieuses« , insiste la dirigeante.

5. « Tu es trop autoritaire », « tu es trop sensible »

Enfin, les femmes sont toujours « trop » ou « pas assez ». Bien souvent, les qualités valorisées dans la sphère professionnelle chez les hommes ne le sont pas chez les femmes. Par exemple, on attend d’un homme qu’il fasse preuve d’autorité, tandis qu’une femme sera rapidement perçue comme « stricte » ou « rigide ». Paradoxalement, si elles arborent des qualités dites plus « féminines », on va également leur reprocher, comme « Tu es trop douce », « Tu es trop sensible », ou encore « Tu es trop gentille ». C’est la raison pour laquelle, les femmes ont tout intérêt à « assumer ce qu’elles sont et à tirer profit de leurs qualités. »

Quelques bons conseils

Ces micro-agressions répétées ont des conséquences délétères sur le climat de travail et la santé mentale des femmes visées. D’après la dirigeante, il est important de « réagir immédiatement en restant calme » afin de ne pas laisser ces propos prospérer dans le monde du travail. Elle leur recommande ainsi de :

  • Nommer les choses pour faire prendre conscience à l’interlocuteur du caractère déplacé de certaines paroles. Elles peuvent reformuler sous forme de demande : « Tu es en train de dire que je ne pourrais pas prendre en charge ce projet parce que j’ai des enfants, ai-je bien compris ? »
  • Répondre fermement, mais sans agressivité. En réunion, par exemple, lorsque quelqu’un coupe la parole à une femme, celle-ci peut répondre : « Je termine et je te laisse la parole » ou bien peut regarder son interlocuteur en lui disant « Est-ce que je peux terminer de parler ? »
  • Faire preuve de discernement. Il ne s’agit pas de tomber dans des automatismes en condamnant systématiquement certains propos. Tout dépend du contexte et de qui ils proviennent. Dans tous les cas, les mots ne sont jamais neutres. Ils ont un sens et doivent permettre aux femmes de s’affirmer.

Source : Courrier Cadres

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