Du 6 au 24 août, rediffusion du meilleur de l’année

Article publié le 9 septembre 2011 :

Notre ministre du travail, Xavier
Bertrand a-t-il entendu des voix ? La question peut, certes, paraître
saugrenue tant notre république laïque et éclairée sait se préserver de
pareilles superstitions qu’elle considère d’un autre âge. Et pourtant,
l’affaire qui suit ne manque pas de nous interpeller quelque part comme
dirait un psycho-philo-pédagogue de ma connaissance.

Dans une affaire que nous avons déjà évoquée à plusieurs reprises (article du 2 février 2011, rediffusé le 11 mars et le 17 août, puis article du 27 avril)
une directrice d’agence dans l’Ouest, mais soyons maintenant plus
précis, de La Rochelle, s’est brusquement, après quatorze années de très
bons et loyaux services, et inopinément vue accusée d’un management
féroce qui aurait, depuis des années nous dit-on, généré une indicible
souffrance dans son équipe. Notons au passage que cette tortionnaire
inattendue, plutôt connue jusqu’alors pour la douceur de vivre au
travail qu’elle avait su instiller dans son agence, venait, quelques
mois plus tôt de se faire élire au Comité d’établissement.
La
direction tente donc de licencier Florence N., salariée protégée, en
demandant auprès de la DIRRECTE (nouvelle appellation de l’inspection du
travail) l’autorisation de la licencier, ce qui constitue la procédure
normale. A l’issue d’une enquête fouillée (auditions des collaboratrices
de l’agence, de l’intéressée, analyse de centaines de pièces et de
dizaines de témoignages), la DIRRECTE refuse le licenciement et évoque
même dans le compte-rendu de sa décision « une bonne entente dans l’agence« , une « absence de turn-over dans l’agence » et précise en synthèse qu’« aucun fait concret n’est mis en avant pour étayer les griefs faits à Florence N.« . Pas vraiment dupes, ni encore moins nés de la dernière pluie les enquêteurs ajoutent que « le lien entre la procédure et le mandat ne peut être écarté« . Voyez ce que je veux dire ?
La
direction Adecco piquée au vif par ce camouflet se pourvoit en « recours
gracieux » selon l’expression consacrée, c’est-à-dire demande à
l’administration de reconsidérer le dossier et ses conclusions. Après
complément d’enquête et analyse des nouveaux témoignages produits par
les deux parties, la DIRRECTE confirme en tous points sa décision et
précise même dans sa réponse  que « les éléments apportés après-coup (ce qui n’est pas légal. NDLR) ne modifient pas l’appréciation du caractère non établi des faits reprochés à Mme Florence N. » et, résolument pas dupe, rappelle que « la
concomitance entre la première demande et l’élection de Mme Florence
N. aux élections professionnelles ne permet pas d’écarter le lien avec
le mandat
« .
La
direction semble paniquer et décide de tenter « le recours hiérarchique »
auprès du ministre du travail. C’est la procédure ultime mais classique
de recours. Nouvelle audition de Florence N. pendant près de quatre
heures, par l’administration de Villeurbanne cette fois, histoire de
garantir une objectivité absolue et afin d’orienter la décision du
ministre qui, bien sûr, ne mène pas personnellement d’enquête. Cet autre
enquêteur, indépendant de l’administration de La Rochelle, après
travail sur dossier et audition confirme dans son rapport au ministre
l’absence de faits, une possible répression syndicale et par conséquent
l’inopportunité d’un licenciement.
Il
transmet ses conclusions au ministre ou, plus vraisemblablement, à ses
services, en pleine période estivale et que croyez-vous qu’il advint ?
En plein mois d’août, en moins de cinq jours, sans aucune contre-enquête
et contre tous les avis de son administration, Xavier Bertrand prononce
un avis favorable au licenciement.
D’où
vient cette prompte décision contraire à l’avis de son administration
et de ses agents ayant planché des dizaines d’heures sur l’affaire ?
Comment a-t-il pu sans aucun contact avec qui que ce soit prendre en
quelques jours une décision déniant des mois de travail et contraire à
tous les rapports, aux deux décisions de la DIRRECTE et à la note de
synthèse qui lui était destinée ?
D’où
notre question initiale : Xavier Bertrand a-t-il entendu des voix ? Il
ne reste guère que cette solution, bien insatisfaisante pour des esprits
éclairés, nous en convenons, mais quoi d’autre ? D’où le ministre, peu
suspect jusqu’à ce jour d’élans mystiques, aurait-il pu tirer son
illumination ? Des voix célestes lui ont-elles soufflé des faits
inconnus de la gent humaine et qu’il ne veut à aucun prix partager ?
On
me susurre que, plus simplement, les voix en question pourraient bien
n’être, beaucoup plus prosaïquement, que bien terrestres et que ce type
de recours « est assez sensible aux pressions politiques ». Qu’en termes
galants ces choses-là sont dites. Cela supposerait que l’un de nos
dirigeants bénéficie d’excellentes relations avec le ministre ou même
ait eu à échanger régulièrement avec lui. Peut-être même à travailler
avec lui. On sait aussi qu’existent dans les allées du pouvoir des
solidarités et fraternités parallèles qui, bien souvent, biaisent des
décisions et prises de position en apparence irrationnelles pour le
commun des mortel, le vulgum pecus
Alors,
que penser ? Voix célestes ou voix terrestres ? Chacun se fera sa
propre opinion, c’est juste une question de prisme. De mauvais esprits
précisent de PRISME… Vous savez comment sont les gens. 
Quoiqu’il
en soit et plus que jamais, loin d’être close l’affaire ne fait que
commencer et un recours a été déposé qui ira jusqu’à son terme. Cela
s’accompagnera, malheureusement pour la directrice d’agence et ses
collaboratrices – victimes, elles-aussi, d’une telle situation -, mais
il le faut, de nouvelles auditions, de confrontations pénibles et de
longs mois de procédure, sans parler des remous médiatiques. Mais si la
vérité est à ce prix…

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