Dans les médias, au bureau, dans notre vie privée, les tics de langage
sont partout. Adèle Bréau – blogueuse et responsable du pôle Web du site
Terrafe­mina.com – recense les plus crispants dans un ouvrage
désopilant, “Je dis ça, je dis rien” (Leduc. S Editions). Beaucoup
d’entre eux ont fait “carrière” dans l’entreprise. Voici les 8
expressions les plus couramment utilisées, avec les commentaires de
l’auteure. Que du bonheur…
1. « A l’issue du kick-off meeting, nous planifierons quelques workshops »
Dans
un « workshop », ou atelier de travail, un très grand nombre de personnes
plus ou moins concernées par le projet sont invitées à gloser plus
longtemps encore qu’à l’accoutumée sur des thématiques précises et
définies en amont. Ce groupe de travail met, bien souvent, à
contribution beaucoup trop d’acteurs, auxquels on bouffera une
demi-journée pour pas grand-chose.
2. « J’attends de vous que vous soyez force de proposition »
On
avait « force rouge », « force jaune », on a maintenant « force de
proposition ». Cette étrange tournure signifie simplement être créatif,
avoir des idées et, surtout, les partager avec ses collaborateurs pour
faire progresser l’équipe et la boîte qui vous emploie.  Rien à voir
avec Bioman, donc. Quoique…
3. « Ce wording ne risque-t-il pas d’être confusant ? » 
Emploi
totalement injustifié de l’adjectif “confus” sous une forme qui ne lui
appartient pas. Ce mot très utilisé dans l’entreprise semble signifier
que le fameux « wording » (ou formulation) provoquerait de la confusion.
Bref, qu’il embrouillerait au lieu d’expliquer. Un peu comme ce mot
lui-même
4. « Je vous propose que nous réfléchissions à un accord win-win »
Le
terme « gagnant-gagnant » paraissait-il si ringard ou incompréhensible
pour qu’on ait eu à puiser encore une fois chez nos voisins
britanniques ? Ou bien la « win » sonnait-elle plus dynamique, plus
business ? Toujours est-il qu’ils sont nombreux aujourd’hui à asséner
cette expression qui, à la première écoute, fait davantage songer à
Oui-Oui, le personnage au bonnet à grelot, qu’à une quelconque affaire
juteuse. A quand la loose-loose ?
5. « Je peux pas déj avec toi, j’ai une réu à 14 heures avec ma N+1 »
Débarquée
dans le langage de l’entreprise il y a quelques années, cette horreur
futuriste et désincarnée fait pourtant les belles heures de l’open
space, où, même si l’on se targue d’apprécier la hiérarchie à
l’horizontale, l’ancestrale structure verticale réapparaît fatalement à
un moment donné. Et puisque les mots « patrons », « chef » ou « supérieur »
sont complètement has-been […], la formulation « +1, +2… » a semblé
combler un vide. Des suggestions pour une appellation plus humaine ?
6. « Avec la PJ c’est mieux 🙂 »
La
pièce jointe… La fameuse, celle que, depuis plusieurs décennies
d’utilisation quotidienne de l’e-mail, nous oublions invariablement de
joindre à notre courrier, même après avoir introduit notre blabla d’un
« vous trouverez en PJ de ce courrier la proposition truc ». Après avoir
cliqué sur « Envoyer », nous sommes statistiquement une bonne moitié à
avoir omis la PJ, qui n’a rien à voir avec la police judiciaire, d’où
l’insupportable « Oups, la PJ hihi ». LOL.
7.  « Pas très sexy, ta prez ! »
Dans notre société du
paraître, tout doit être glamour, sexy… Si bien que le monde du travail
s’est lui aussi emparé de ce mot fourre-tout pour l’appliquer à des
éléments ausi insolites que des slides, des comptes rendus ou des
discours d’inauguration. « Tu pourrais reprendre ton paragraphe sur le
droit fiscal pour le rendre un peu sexy ? » Mmh…
8. « Je vais prendre le lead sur ce projet, si ça ne t’ennuie pas »
Les
termes anglais font plus facilement passer la pilule, c’est bien connu.
Imaginez une seconde la même question formulée ainsi : « Je décide
arbitrairement que je serai le chef de ce projet. C’est donc moi qui
prendrai les décisions, qui t’indiquerai quotidiennement ta liste de
tâches, puis qui présenterai en réunion ton travail pour en récolter les
lauriers. Ça ne t’ennuie pas ? » Euh, comment dire…
Source : Capital.fr

3 Commentaires

  1. Bravo pour cet article. On aurait pu également citer quelques autres expressions : conf call – MBR (meeting business review) – fowareder un mail (au lieu de faire suivre) etc…

  2. … et là ou je rigole c'est que plus de la moitié de ces personnes s'évertuant à utiliser les termes anglais pour faire plus "IN" que "OUT" ne sont pas en mesure de faire une phrase en anglais tout court (et lorsque c'est le cas, tous aux abris : prononciation et grammaire anglaises made in France ne font pas bon ménage… Mais après tout c'est peut être ça la French Touch ? )…
    Quant à l'appelation N+1 qu'il faudrait rendre plus "humaine"… qu'ils le soient d'abord eux "humains" et le reste suivra… et pour le côté "sexy" des prez' (comme on dit dans le jargon)… désolé Patron mais je n'ai pas fait un DIF "Moulin Rouge", vous m'en excuserez… mais j'ai pensé aux pailletes !

  3. Parler anglais, ou plutôt faire semblant de savoir parler anglais.
    La quasi totalité des personnes qui utilisent ces formules à la mode, sont des brêles en anglais.
    Mais c'est corporate de faire semblant de savoir.

    Une belle bande de guignols !!!!!

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici