Depuis quelques décennies, la mode des anglicismes s’est imposée dans les entreprises, notamment dans le management – terme tout ce qu’il y a de français à l’origine latine – jusqu’à en devenir parfois grotesque sinon insupportable. Un grand nombre de cadres qui souvent seraient bien en peine d’exprimer, avec une syntaxe et un accent convenables, deux phrases dans la langue de Shakespeare, émaillent leur propos d’un nombre invraisemblable d’anglicismes, des plus convenus aux plus tarabiscotés. Sorte d’espéranto des marchands et de globish en usage dans les entreprises, notamment multinationales mais pas seulement, l’usage d’anglicisme semble aujourd’hui inévitable à tout cadre (dynamique of course) qui se respecte
Tout jargon sert de marqueur à un groupe quel qu’il soit et, en ce qui concerne l’usage des anglicismes, s’y ajoute une sorte de snobisme à prétention branchouillarde alors même que l’émergence d’un monde multipolaire devrait prochainement reléguer cette manie au rang de curiosité d’un autre temps. Il est assez réjouissant de penser que cette mode puisse bientôt devenir bientôt « has been« , voire « vintage » sans pour autant souhaiter que ses sectateurs puissent sombrer dans le « blues » ou même le « burn-out« . A moins qu’ils ne se fassent remonter le moral par quelques coworkers lors d’un afterwork !
Dans les réunions et notes de service, on y va allègrement de ses deadline, reengineering, feedback, benchmark, top down, go ou non go, reporting, brainstorming et quelques dizaines d’autres. Tout ceci en s’efforçant de paraitre toujours booké et même mieux over-booké, sinon full-up… Dans le but conscient ou inconscient de booster sa carrière. Difficile d’éviter l’incontournable mail, à forwarder si nécessaire, le fameux ASAP (as soon as possible) pour exprimer que l’on fera ce qui est demandé « dès que possible ». Encore plus de se tenir à l’écart des open-space, conf.call, call center, briefing, debriefing, au risque de ne pas paraître « corporate« .
L’abus d’anglicismes constitue un véritable fléau, une régression linguistique même, dont il est parfois difficile de parfaitement se protéger. Qui n’en emploie vraiment jamais aucun ? L’expansion contaminante du phénomène provient sans doute de sa pratique valorisante à ses débuts, au bon vieux temps de l' »american way of life« , rêve d’après-guerre et des Trente Glorieuses mais aujourd’hui est-ce encore pertinent et adapté ?
à suivre…

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