Du 2 au 23 août,  rediffusion du meilleur de l’année – Article paru le 28 septembre 2020

Altedia traverse depuis longtemps maintenant une mauvaise passe. La baisse constante de son chiffres d’affaires, notamment ces deux dernières années, de son résultat d’exploitation et le plongeon de ses résultats nets, avec, de plus, des marges opérationnelles négatives ne semblent rien augurer de bon. Avec les filiales Adecco à domicile et Adecco Training, Altedia appartient au trio des seules filiales en régression du groupe Adecco. Son absorption progressive par Lee Hecht Harrison (LHH) à la dimension internationale affirmée  et la disparition de la marque Altedia dont le nom et le logo rapetissent et s’estompent à vue d’œil sur le site de LHH, selon la bonne vieille technique du voleur chinois modifiant très progressivement le champ de vision avant de subtiliser le butin convoité : la marque Altedia disparait. Quel malheur lorsque l’on sait que l’entreprise, fleuron des services en transition de carrière (outplacement) a vendu du conseil à 80% des entreprises du CAC 40.
Cette entreprise pourtant florissante au moment de son rachat à prix d’or par Adecco, en 2008, à son fondateur Raymond Soubie a-t-elle été victime d’une gouvernance hasardeuse ? On peut s’interroger lorsque l’on sait qu’en une douzaine d’années Altedia a perdu le tiers de son chiffre d’affaires et 31% de ses effectifs. La financiarisation extrême des grands groupes aboutit finalement toujours au même résultat. Après un appauvrissement progressif des effectifs et des moyens au nom de la productivité et de la course aux résultats, après un essorage en règle, l’entreprise commence à décliner jusqu’à passer sous le seuil critique. Il ne reste plus alors au groupe qu’à vendre, fusionner, absorber ou démanteler purement et simplement la structure. Nous n’en sommes pas encore là, mais… 

L’heureux et multimillionnaire Raymond Soubie, licencié en droit et diplômé de Sciences Po, ancien inspecteur général de l’INSEE, avait donc fait une très belle opération en vendant cette entreprise qu’il avait créée en 1992 sous l’enseigne Altedia Communication puisqu’il présidait alors aux destinées, entre autres, d’un empire de presse spécialisée aux multiples titres, le groupe Liaisons sociales. Il faillit même diriger le quotidien Le Monde. Mais cet homme discret, omniprésent dans les allées du pouvoir fut aussi le conseiller aux affaires sociales de Jacques Chirac, Raymond Barre et surtout Nicolas Sarkozy. L’homme qui murmurait à l’oreille des présidents de la république s’est taillé une solide réputation de grand manitou du dialogue social et l’on retrouve son nom aussi bien dans le pilotage de la réforme des régimes spéciaux de retraite que dans l’ensemble des grands dossiers du dialogue social dont il connaissait parfaitement tous les acteurs. Habile et rusé négociateur il sut toujours manœuvrer avec la CGT tout en soutenant discrètement la CFDT et en maintenant le dialogue avec l’ensemble des organisations syndicales. Selon les observateurs, bien qu’inconnu du grand public, cet homme réputé discret, d’une culture immense, mélomane averti et amateur de théâtre – il présida même la Société du Grand Théâtre des Champs-Elysées – a réussi a demeurer pendant plus de trente années « la référence des relations sociales ».

Outre ses qualités personnelles, gageons que son appartenance au discret club d’influence Le Siècle aura sans aucun doute facilité bien des rapprochements, des compromis et des accords… Tout cela méritait à l’évidence la décoration de Grand Officier de la Légion d’honneur. Politique tout cela, comme fut politique la curieuse embauche par Altedia de Myriam El Khomri – mais qui se souvient de Myriam El Khomri ? – en qualité de Senior Advisor, comme l’avait révélé le tweet d’un ministre alors en exercice. Nous avions publié l’information dès le lendemain dans notre article « Myriam El Khomri, ancienne ministre socialiste du travail devient cadre chez Adecco« . Passons… 

Pourquoi narrer cette trajectoire et tous ces détails ? Pour tenter de démontrer comment nombre de belles et florissantes entreprises disparaissent quelques années après leur rachat par un grand groupe, asséchées, affaiblies et exsangues à force de restructurations et de fâcheuses orientations et après que se soient gobergés au passage quelques prospères intermédiaires. Bien entendu, toute ressemblance avec d’autres entreprises existant ou ayant existé, ne relèverait que du plus pur des hasards…

1 COMMENTAIRE

  1. […] (LHH), encore en pleine digestion d’Altedia – cf notre article du  28 septembre 2020 : Où est passée la marque Altedia ? – vient de communiquer sur l’entrée en négociation en vue d’une acquisition de […]

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