Directeur multi-sites et homme-orchestre : quatre musiciens pour le prix d’un

Les titres, c’est parfois valorisant pour les amateurs du genre mais ça ne nourrit pas son homme (oui, je sais, sa femme non plus). On connait bien chez Adecco la valse-hésitation autour du titre de Directeur d’agence qu’il ne fallait surtout pas confondre avec le titre de Directeur d’agences auquel il convenait d’ajouter « au pluriel » pour que chacun entende bien que le manager en question s’était vu confier l’animation de deux ou trois sites. Puis la tendance s’était inversée et les Directeurs d’agences « au pluriel » s’étaient vu dépouiller de leurs agences pour se recentrer sur un unique centre de profit, au motif qu’on ne peut être partout et qu’il s’agit d’un autre métier, etc… Tous arguments, certes parfois convaincants, mais au service d’une rétrogradation de fonction.

Puis retour de balancier – faire, défaire, refaire… c’est toujours travailler, n’est-ce-pas ? – voici que sont arrivés les Directeurs multi-sites, nouvelle appellation des directeurs « au pluriel ». Aujourd’hui, les hubs déçoivent nos dirigeants qui s’imaginaient qu’économies d’échelle riment avec performances. Toujours cette recherche de l’introuvable pierre philosophale : comment gagner plus en dépensant moins. Dans leur esprit, c’était pourtant simple : on mettait trois ou quatre agences sur un même site, on laissait monter à ébullition, puis on touillait un peu jusqu’à provoquer quelques départs plus ou moins arrangés et enfin on écartait les deux ou trois Directeurs d’agence « excédentaires », orientés vers d’autres fonctions ou, selon, vers la porte, alors qu’il nous avait été affirmé haut et fort qu’il n’en serait rien. Et hop ! C’était évident, les affaires allaient reprendre comme jamais. Hélas, le constat est sévère et force est de constater que le modèle hub ne remplit pas ou bien peu ses promesses. Guère plus que le modèle tribu d’ailleurs. Tout cela, nous le savions, nous l’avons dit, écrit… dans la plus grande indifférence d’un direction drapée dans ses certitudes.

Surnagent dans ce tourbillon de réorganisations, des Directeurs multi-sites dont la fonction n’a jamais été valorisée par un mode de rémunération spécifique, ce qui semble inimaginable. Le plus souvent pour le salaire d’un Directeur d’agence, ils doivent animer et gérer deux ou trois agences, ce qui s’avère particulièrement illogique et, de plus, inéquitable. Davantage de collaborateurs, de contraintes de gestion, de déplacements, de risques clients, AT et autres, et de démarches commerciales pour un salaire généralement équivalent à celui du directeur d’une seule agence. Même véhicule de fonction, aucune prime spécifique, rien qu’un titre et des emm….. supplémentaires. Si le titre peut sembler valorisant sur une carte de visite, dans un repas de famille ou entre amis, il n’est tout simplement pas rémunéré à sa juste valeur, ce qui aurait dû depuis longtemps interroger nos têtes pensantes des ressources humaines.

Aujourd’hui, les Directeurs multi-sites sont en difficulté, en souffrance même pour certains, ballotés qu’ils sont entre les hubs, les fermetures accélérées de sites et les modifications compulsives d’organisation. Quel avenir leur est-il réservé dans un réseau qui se réduit comme peau de chagrin ? Quel est le plan B pour ces cadres qui ont souvent tout donné sans compter ? A défaut de reprendre la direction de hubs que l’on démonte à vitesse grand V, doivent-il se contenter d’attendre patiemment la fermeture de l’un et l’autre de leurs sites ? Il y a là un sujet RH à la fois urgent et brûlant.

6 Commentaires

  1. Et parfait résumé de ce que j’ai vécu avant de lacher ma seconde agence il y a quelques années ! Aucune valorisation à part assurer les remplacements au pied levé des CR/RR qua’d elles etaient en arrêt…! Bcp de boulot en plus pour moins aller voir ses clients et surtout aucune reconnaissance de quelles sortent que soit. Aujourd’hui parti de chez Adecco cette experience m’a surtout servi à dire non quand on m’a proposé de reproduire ce modèle ailleurs.

  2. A quand Adecco Éprouvette ! Tester des articulations d’organisations qui au final ne font qu’affaiblir et fatiguer celles et ceux qui y travaillent. Au détriment de qui des TT, des plages d’ouverture des agences pour les accueillir. Bref, dans un monde orienté toujours moins mais toujours plus digital, la chute arrive!

  3. J’ai vécu cette expérience aussi il y a quelques années avant de changer de poste. Je gagnais moins bien ma vie et j’avais plus de travail, plus de tâches à accomplir et lorsqu’il y avait des absences, il fallait demander aux CR et RR qui m’étaient rattaché.e.s de faire le travail des autres agences d’autres bassins d’emploi alors qu’ils ou elles n’y gagnaient rien et que ça engendrait une perte de réactivité locale dans un milieu fortement concurrentiel. Moi tout ce que j’y gagnais, c’était des collaborateurs frustré.e.s et qui m’en voulaient d’avoir accepté de me partager et moi, le manager, qui était épuisé. Je suis toujours dans le groupe, mais comme un certain nombre de collègues, j’ai fuit ce métier et cette soit disant évolution de carrière qui ne m’a pas du tout enrichie.

  4. Incroyable un job ou tu bosses plus et tu as plus de responsabilités pour gagner moins ou pareil
    Il n’y a que chez Adecco que tu vois ça

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