Bon, il fallait s’en douter : les belles histoires durent rarement et si vous vous risquez à chasser le naturel, sachez qu’il revient toujours au pas de charge sinon au galop. Le plan de surinvestissement, c’était un peu un conte de fée avec un rêve d’argent facile et d’abondance mais passé, non minuit mais le mois d’avril, il apparait déjà que la généreuse princesse va bien vite redevenir citrouille.

Le plan de surinvestissement, nous y sommes évidemment favorables depuis le premier jour, compte tenu de l’état des effectifs dans les agences. Il urgeait de recruter à tour de bras, de renforcer les équipes, de doter les structures de commerciaux et de recruteurs et nous ne pouvons qu’être favorables à cette décision tardive mais vitale de tenter la reconquête des parts de marché. Ça allait en être fini des agences fantômes tenues à bout de bras par des stagiaires et de récents CDD, certes dévoués et souvent compétents mais insuffisamment aguerris à la guerre commerciale que nous vivons.

La direction mettait une pression folle à l’embauche et les relances tournaient parfois au lavage de cerveau. Il fallait recruter, même sans CV, vite, transférer des fichiers, relancer les candidats, le justifier à tout moment et aller au bout du fameux plan dans les meilleurs délais. Pour les collègues permanents ayant un peu de bouteille, la situation semblait surréaliste et c’est comme si l’argent, venu de nulle part, était soudain devenu facile et abondant, comme par un simple coup de baguette magique. Le grimaçant avare Harpagon s’était métamorphosé en Aldo le Flambeur et le pognon coulait à flots. Nous étions un peu devant une adaptation du célèbre « quoiqu’il en coûte » de nos éminences politiques. La direction, excitée comme des puces, ébahie par le miracle, poussait à l’investissement, au surinvestissement, au méga-maousse-investissement et pressait chaque manager d’embaucher un, deux, trois, quatre et plus si affinités collaborateurs supplémentaires. C’était open-bar. Du  jamais vu. La part de marché nous attend et il n’était pas question de lésiner. La concurrence avait avalé goulument son pain blanc et allait dorénavant connaitre la misère et la disette. Nous ne lui laisserions que les yeux pour pleurer. Et encore.

Mais hélas, l’euphorie laissa rapidement place au doute. Comme des enfants impétueux, les membres de la direction s’étaient imaginés qu’à peine les embauches réalisées, le niveau d’activité et de bénéfices allait s’envoler et les parts de marché nous revenir comme par enchantement. Si certains d’entre eux avaient un jour connu l’agence ou exercé une fonction commerciale où et dans quelque domaine que ce soit, ils auraient découvert l’inévitable inertie, le temps de latence qui sépare une embauche d’un retour sur investissement puis d’un accroissement d’activité et de résultats. Les équipes agences saturées par la charge de travail, les recrutements chronophages, la formation et le suivi des nouveaux entrants pâtissent évidemment de la situation et, quelle que soit la valeur des nouveaux embauchés, il nous semble dérisoire d’escompter un retour sur investissement puis un gain tangible avant six à douze mois. Certains membres de la direction feraient bien de cesser de taper des pieds et de se comporter comme de grands enfants hyperactifs mais plutôt d’accepter cette simple évidence. Même si les parachutes dorés ont commencé à claquer dans le ciel de Zurich, il nous faut maintenant patiemment reconstruire, jour après jour, et laisser le temps au temps.

Pourtant, depuis le mois de mai, le discours change. Les pressions se font moins fortes et le discours plus évasif : « on va regarder »… « on revient un peu sur le plan »… « il faut voir au cas par cas », etc… Déjà au dernier CSE Central, nous avions ressenti un sérieux coup de mou dans les propos d’un intervenant. Le cœur n’y était déjà plus et l’euphorie s’était évanouie pour laisser place à une sorte de schizophrénie, un morcellement du raisonnement, un doute paralysant. Il y a quelques jours, un manager un peu désabusé nous confiait : « on savait que ça allait arriver mais on ne pensait pas si vite ».

Nous appelons la direction au sursaut : il faut poursuivre l’investissement et le surinvestissement et donner enfin au réseau les moyens de sa survie et de son développement. Il n’y aura de toute façon pas de parachutes pour tout le monde.

 

7 Commentaires

  1. 3 personnes sur le plan, 2 qui partent avant l’échéance… les raisons ont été évoquées mais la direction ne veut pas les entendre

  2. Idem ici, coup de frein sur le recrutement et on vient de me demander d’attendre alors que j’ai commencé à voir des candidats. Le tango suisse comme vous dites.

  3. C’était prévisible et fallait être naïf pour croire que la princesse n’allait pas devenir citrouille. Ici ça freine et ça revient en arrière avec plein de mauvaises raisons

  4. Attendez que l’on rentre officiellement en récession dans un ou deux mois, et vous verrez que ça va claquer du fessier dans les bureaux de Zurich. Finito le plan de recrutement. On va créer des chomeurs.

  5. Normal, il faut accueillir Mr BLANQUER et Me SCHIAPPA avec les 2 salaires à venir, le budget des 1000 personnes est épuisé..va falloir faire un nouvel effort pour Mr ABAD qui va suivre

    Je dis ça , je dis rien mais quand même

  6. Recruter à tout prix, voire n’importe qui.
    Juste pour remplir des cases.
    Souvent à des salaires identiques à des personnes expérimentées et même souvent plus.
    Secret de polichinelle qui démotive les « anciens » ; et le travail, la pression, la lourdeur des process, logiciels achèvent de faire fuir les nouveaux.
    Ajoutons à tout ça qu’on sape toute créativité, qu’on en rajoute une louche avec devis + et le système pyramide qui fait s’effondrer nos rémunérations…
    Plus de présence terrain ni auprès de nos intérimaires qui nous préfèrent la proximité de la concurrence.
    Des pratiques managériales plus que douteuses, le silence de la direction face à la souffrance au travail…
    Et en agence on endure, on endure … jusqu’à craquer.
    Future at work ? Quelle farce….
    Un conseil : continuez de recruter… l’hémorragie n’est pas prête de s’arrêter.

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